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GENOCIDE CONTRE LES TUTSI : Hubert Vedrine accusé de cécité perd son procès

Selon Annie Flaure, secrétaire général de l’Élysée en 1994 qui était Hubert Védrine « c’est lui qui était l’intermédiaire entre Mitterrand, l’armée française et l’armée rwandaise. C’est lui qui a accepté ou fermé les yeux sur la livraison d’armes et la protection des génocidaires rwandais. Par François Molyneux

Hubert Vedrine, ancien secrétaire général de l’Elysée, poursuivait pour diffamation Annie Faure, médecin, et Sybille Veil, présidente de Radio France, après une interview diffusée sur France Inter où il était accusé par une militante humanitaire, Annie Faure, d’avoir « accepté ou fermé les yeux » sur des livraisons d’armes par Paris aux génocidaires rwandais en 1994 (en violation de l’embargo de l’ONU). L’ancien secrétaire général de l’Élysée sous François Mitterrand a perdu son procès.

L’extrait de la déclaration d’Annie Faure au micro de France Inter, qui lui vaut d’être poursuivie en diffamation par Hubert Védrine, est lue préalablement devant le tribunal : « C’est comme si les premiers secrétaires du parti socialiste, tout jeunes qu’ils soient n’avaient aucune possibilité de rejeter le lourd fardeau du mitterrandisme sur cette complicité du génocide des Tutsi et qu’ils étaient sous l’influence de ceux qui ont beaucoup à perdre.

Hubert Védrine en particulier, on en parle beaucoup dans la presse en ce moment parce que Védrine était secrétaire général de l’Élysée en 1994. »Annie Faure y enfonçait le clou :« C’est lui qui était l’intermédiaire entre Mitterrand, l’armée française et l’armée rwandaise. C’est lui qui a accepté ou fermé les yeux sur la livraison d’armes et la protection des génocidaires rwandais.

Plus d’un million de victimes

Invitée à déclarer son identité, elle lit ensuite une déclaration, car, dit-elle, « voici ma défense contre ma poursuite en diffamation par un homme qui était le Secrétaire général de l’Elysée en 1994. » Elle déplie ses feuilles. « 1 070 014 victimes recensées du génocide mené contre les Tutsi du Rwanda et du massacre politique, mené par les mêmes, contre les Hutu opposants au régime. Un million soixante-dix mille quatorze victimes recensées.
« Pourquoi suis-je intervenue au Rwanda ? Après le 6 avril 1994 on commence à voir à la télévision des images du carnage. Des images envoyées par des équipes qui couvrent surtout la fuite des Européens. Un check point. Un homme en chemise blanche. Immobile, debout, sans armes. A côté, un homme, vêtu en militaire, qui le frappe violemment. Sensation d’un danger imminent. Monceaux de corps sur les routes.
« Je suis disponible. J’appelle Médecins du Monde pour participer à une mission. J’ai travaillé pour eux. La consigne est « Voir, soigner, témoigner « . Mes missions sont brèves. Je ne fais pas carrière dans l’humanitaire. Je me suis rendue en Thaïlande, chez les kharens de Birmanie, au sud-Soudan, en Irak chez les résistants Kurdes iraniens

Partir au Rwanda.

Une demi-heure pour me décider. Je dis oui. Départ pour la région libérée par le FPR. Je suis à Gahini le 27 avril 1994, la trouille au ventre. Quelques jours avant mon départ, un délégué de la Croix-Rouge à Butare, au sud du Rwanda, avait lancé un SOS sur Radio-France international (R.F.I.) : « En Europe on ne parle que de Gorazde, alors qu’ici au Rwanda c’est l’horreur absolue ».

« Le matin de mon départ, j’ai emporté le journal Libération. Il comporte le précieux article de Jean-Pierre Chrétien, « Un nazisme tropical ». J’ai aussi en tête la phrase de l’envoyé spécial de Libération, Alain Frilet : « La France n’est pas l’amie de Kagame » (le leader de la rébellion).

« Arrivée au consulat de France en Ouganda. Le consul ou l’ambassadeur je ne sais plus, nous dit en substance : « la France s’intéresse aux Rwandais qui fuient en Tanzanie, au Zaïre et au Burundi ». Puis le chemin en 4X4 sous escorte de l’Armée Patriotique Rwandaise. Rouler vite. Peur des embuscades. Avec Marie-Odile, infirmière et Olivier, chirurgien, nous traversons des villages ravagés aux maisons détruites. Le sol est jonché de pièces de vêtements. Des hommes debout au milieu des maisons arrêtent le 4X4. Ils ont faim. Ils ont vu ou commis des meurtres de Tutsi. Rescapés ou tueurs ? Je ne sais pas. Le silence est lourd. Toujours. Le silence de la terreur ».

« Des milliers de chaussures sur la route et les bas cotés. Des caisses de bouteilles vides. Boire et tuer. Sur le gris de la route, il y a une sandalette menue en plastique rouge. Echouée et célibataire. Celle qu’une enfant a perdue dans sa fuite ? Rouge comme la robe de la petite fille de « La liste de Schindler », le film de 1993.

« A l’hôpital de Gahini, 110 enfants. Des lits cassés. Manque de matelas. Pas un cri, pas le moindre gémissement chez ces enfants déchiquetés par des balles, des machettes ou des grenades. Ils sont isolés, recroquevillés. Les enfants se taisent, terrés, collés au mur, assis. Ils veulent se faire oublier. Ils ont peur de se déplier, peur de leurs mouvements. Comme s’ils pouvaient s’arrêter de respirer.

« Dans la maison où nous vivons, du sang sur le mur. Des cadavres dans le jardin. Je n’irais pas les voir. Je n’irais pas voir les cadavres dans l’église. J’ai assez à faire. »

« Ces images qui me hantent »

Annie Faure explique que ce sont ces images, qui continuent de la hanter près de trente ans plus tard, qui ont motivé son engagement à faire émerger la vérité.

« 5 mai 1994 : passe l’évêque, silencieux. Kibungo. Des femmes tutsi éventrées dans le service de gynécologie, les bébés écrasés ; les rescapés sidérés ont du mal à me raconter. Et le rire des infirmières. Le rire d’Immaculée, la surveillante : « Français soutien des forces armées, Français ennemis ». Le soutien de la France au gouvernement génocidaire est déjà une évidence pour mes interlocuteurs. Les virées au Rwanda de « Papamadit », le fils Mitterrand, ont alimenté les rumeurs. J’ai même un garde du corps pour me protéger des…Tutsi, moi la Française !

« Angélique ; son cri strident, la bouche ouverte ; les yeux pleins de larmes, elle hurle, elle a 6 ans. Elle n’a aucune blessure visible. Sa démarche est maladroite précautionneuse, ses jambes sont légèrement écartées : le viol ! L’arme de destruction massive. Les femmes tutsi ont été violées puis tranchées. Pour celles qui étaient laissées en vie, on choisissait parmi les violeurs, les malades du Sida. Les femmes tutsi survivantes seraient enceintes et malades du Sida.


Annie Faure au milieu de femmes ayant porté plainte pour viol contre les militaires français de Turquoise © DR

« Je ne me souviens pas de ton prénom. Tu as 7 ans à Kayonza, le 12 juin. Un Rwandais tout agité, criant, est venu me chercher et me faire monter dans le 4/4 ; Tente. Tutsi surpris par les tueurs, rares survivants… Le feu pour cuire leur maigre repas les a trahis. Les zones libérées par le FPR sont des ilots. Il y a encore des tueurs dans les collines »

« Tu gis au sol. Tailladé. Ta joue droite est pendante. Ton œil gauche écrasé. Ton front est tranché, ton index sectionné. Je me souviens d’avoir posé ma main sur ton cou où je cherchais la carotide pour mesurer les battements de ton cœur et d’avoir mis l’autre devant ta bouche pour guetter ton souffle.

« Sur la route passe un gros camion. Un véhicule de l’ONU dans les tons bleus. On agite les bras. Le camion ralentit, s’arrête ; un homme descend. Il est grand, il a le look Nations unies. Le gilet pare-balle et la veste multi-poches. Il n’est pas là pour nous aider. Il n’est pas là pour s’occuper de ces blessés-là. Nous sommes le 12 juin, l’opération Turquoise est dans les tuyaux. L’ONU va au secours des réfugiés qui fuient au Zaïre. Avant, c’étaient ceux qui fuyaient en Tanzanie. L’ONU abandonne encore et encore les rares rescapés tutsi survivants.

« Nous t’avons ramené à Gahini. Tu as été opéré par René. Je sais que tu t’es rétabli. Je sais que ton visage est presque indemne. Il me semble que je t’ai vu un jour de commémorations à la mairie de l’arrondissement parisien qui nous accueillait. »

« La mort en deux heures »

« Je me souviens de toi, garçonnet au coup tranché. Tu es à l’hôpital. Tu saignes régulièrement. Olivier, le chirurgien, recoud et recoud encore ta carotide fissurée. Cela ne tient pas. Tu perds ton sang.

« Une nuit, on m’appelle auprès de ton lit. Tu es tombé sur le sol. Le teint est ivoire, ta joue gauche est gonflée comme un ballon de rugby. Il va me falloir me démener, réveiller l’infirmier pour me prélever et lui donner mon sang compatible. Mais ce soir-là, je suis trop fatiguée. J’abandonne. Je t’abandonne. Tu es mort en deux heures. Tu es mort comme meurt l’homme dans une formidable solitude.

« Je suis déjà confrontée à ceux qui veulent prouver un « double génocide ».

« C’est un Blanc, un jeune homme en pantalon de camouflage. Il est journaliste, francophone. Il est venu faire une enquête. Il est venu voir par hasard puisque je suis médecin si…si j’avais un enfant dont les parents ont été tués : je ne connais que ça ! Il précise : en fait il cherche un enfant hutu dont les parents hutus auraient été salement exécutés par les hommes de Kagame.

Auteur: MANZI
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