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RDC : Pourquoi le franc congolais baisse face au dollar américain

Depuis quelques semaines, le dollar américain coûte de plus en plus cher sur le marché parallèle, en RDC. Il faut environ 2 300 francs pour un dollar à Kinshasa contre 2000 début 2023. Pourquoi cette soudaine dégradation, dans un pays où les gens épargnent en dollar ? Décryptage. Par Olivier Rogez

Image d’illustration] Un agent de change de rue échange des dollars américains contre des francs congolais à Lubumbashi, République démocratique du Congo (RDC) le 13 janvier 2021. AFP - SAMIR TOUNSI

C’est la question qui hante le quotidien de nombreux Congolais : le franc va-t-il continuer à baisser face au dollar ? Dans un pays où les gens protègent leur pouvoir d’achat en épargnant en dollar, la question est loin d’être réservée aux économistes. Or, depuis quelques semaines, le dollar coûte de plus en plus cher sur le marché parallèle. Il faut environ 2 300 francs pour un dollar à Kinshasa contre 2000 en début d’année. Pourquoi cette soudaine dégradation ?

« Toute crise entraîne spéculation. » Pour l’économiste Hubert Mpunga, il ne faut pas chercher loin les raisons de la baisse du franc congolais face au dollar. « La guerre à l’Est du Congo a déséquilibré les échanges de biens et de services », explique-t-il. Elle sert de prétexte à certains commerçants pour augmenter les prix des produits importés. L’inflation – qui a atteint 13% l’an dernier – grimpe déjà à plus de 5% sur les trois premiers mois de l’année, ce qui se traduit aussi par un affaiblissement du franc congolais.

Cette guerre coûte aussi beaucoup d’argent au budget de l’État. Celui de la Défense a ainsi connu cette année un bond spectaculaire. Et depuis le 1er janvier, l’État est en déficit régulier. Néanmoins, le ministère des Finances affirme que ces déficits sont comblés par les bons du Trésor et n’influent pas en théorie sur le cours de la monnaie.

« L’économie congolaise vit dans deux mondes parallèles »

En revanche, la politique salariale de l’État – qui règle peu à peu les arriérés de salaire accumulés dans la fonction publique – pèse sur le franc congolais. En effet, beaucoup de Congolais
convertissent leur argent en dollar, « ce qui influe sur le cours en raison de la loi de l’offre et de la demande », précise Hubert Mpunga. Car « l’économie congolaise vit dans deux mondes parallèles », souligne l’analyste Al Kitenge, entre le marché officiel de devises et le marché officieux. « Cette schizophrénie est une faiblesse », dit-il. Le secteur commercial informel s’approvisionne en dollar sur le marché parallèle et non à la Banque centrale, ce qui pèse sur les cours, notamment en période de forte croissance.

Or, l’économie congolaise tourne actuellement à plein. Les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) avancent une croissance supérieure à 8% pour 2023. « Des secteurs comme le bâtiment qui importent beaucoup font exploser la demande de devises », analyse Hubert Mpunga. D’une façon générale, « tant que le pays importera des produits finis et n’exportera que des minerais et des matières premières, le marché des changes sera fragile », précise-t-il. L’industrialisation et la création de chaînes de valeur est donc le seul espoir à moyen terme pour limiter les fluctuations du taux de change sur le marché officieux.

Au-delà de la spéculation économique, certains relèvent aussi des intentions moins avouables. Al Kitenge rappelle que le Congo est en année électorale, et que « certains opposants aux poches profondes utilisent des fonds pour déstabiliser le marché des changes et démontrer ainsi que l’État ne maitrise pas son cadre macroéconomique ». Une thèse difficilement vérifiable, mais qui traduit une réalité : le double système de change limite les marges de manœuvres de l’État pour stabiliser la monnaie.

Auteur: MANZI
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