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TOUR DE FRANCE 2022 : Le Coureur Rwandais Adrien Niyonshuti a Grimpé l’Alpe d’Huez Avec Un Vélo à .

L’ancien cycliste professionnel a gravi jeudi le col de légende pour faire la promotion de l’ONG Qhubeka qui distribue des vélos en Afrique. Par Tom Nouvian

Adrien Niyonshuti, ancien coureur cycliste professionnel rwandais, lors de l’ascension de l’Alpe d’Huez, le 14 juillet 2022. (JEREMY FORT / TEAM AFRICA RISING)

C’est une belle performance. Chaque année, des centaines de cyclistes essaient d’imiter les coureurs du Tour de France en grimpant l’Alpe d’Huez. Mais jeudi 14 juillet, après le triomphe du Britannique Tom Pidcock au sommet de ce col hors catégorie (14 km à 8,1%), un autre cycliste s’est distingué en domptant cette montée mythique d’une manière assez singulière : Adrien Niyonshuti.

Ce nom n’est pas inconnu, puisqu’il s’agit d’un ancien coureur professionnel de l’équipe sud-africaine MTN-Qhubeka. Mais celui qui a été le porte-drapeau du Rwanda aux Jeux olympiques 2012 et 2016 n’a pas roulé sur les habituels vélos en carbone dont les coureurs de la Grande Boucle sont aujourd’hui équipés. Sa monture ? Un vélo monovitesse qui pèse près de 16 kilos.


Non sans peine, le sprinteur de 37 ans a conquis les 21 virages de l’Alpe d’Huez en 1h28 (cinquante minutes de plus que Tom Pidcock), afin de mettre en lumière l’organisation à but non-lucratif sud-africaine Qhubeka Charity (contenu en anglais) qui mise sur le déploiement du vélo pour favoriser l’accès à l’école ou à l’emploi en Afrique. Franceinfo : sport s’est entretenu avec l’un des coureurs les plus récompensés de ce pays d’Afrique de l’Est (trois fois vainqueur du Tour du Rwanda en 2010, 2011 et 2012), impatient de voir les Mondiaux être organisés dans son pays, en 2025.

Franceinfo:sport : Comment l’idée de grimper un col à 8% et long de 14 kilomètres avec un vélo amateur vous est-elle venue ?

Adrien Niyonshuti : Je voulais montrer que tout était possible. Cela fait plusieurs années que je soutiens l’action de Qhubeka Charity. Je me suis dit que ce serait une bonne idée de réussir l’ascension la plus célèbre du Tour avec l’un des vélos que l’on distribue chaque année dans plusieurs pays africains.

J’avoue que j’ai un peu sous-estimé la difficulté. Cela m’a rappelé quelques pentes que j’avais grimpées lors du Critérium du Dauphiné, mais en beaucoup plus dur. Surtout que mon deux-roues avait le poids d’un vélo électrique, mais n’en avait pas le moteur (rires). Pour venir à bout de la montée, je me suis nourri des applaudissements des uns, mais aussi des regards éberlués de certains fans présents aux bords de la route ce jour-là.

Quoi qu’il en soit, j’espère sincèrement que cela permettra à tous les amoureux du cyclisme de se rendre compte qu’ils peuvent aider à changer le futur de générations d’Africains [en participant aux campagnes de dons de vélos], un vélo après l’autre.

Le Tour de France vous a distribué un maillot à pois symbolique. A l’arrivée, comment vous sentiez-vous ?

C’était l’un des plus beaux accomplissements de ma carrière. En tant que professionnel, je n’ai malheureusement jamais pu participer au Tour, donc c’est génial d’être arrivé jusqu’au sommet de l’Alpe d’Huez et de réussir cette folle ascension. Ce maillot à pois, je le partage avec tous les autres coureurs africains qui l’ont porté ou qui le porteront en vrai. Même si ce n’est pas officiel, je pourrai maintenant rajouter ça à mon CV.


Vous suivez la route des coureurs depuis le départ du Tour à Copenhague. Avez-vous prévu une autre ascension d’ici le 24 juillet et l’arrivée sur les Champs-Elysées ?

Non, c’était une opération unique. C’est tant mieux car mes jambes n’ont pas encore récupéré à 100%. Je préfère mener une autre course, celle pour trouver des sponsors ! Depuis le début du Tour, j’ai la chance de sillonner la France à bord d’une voiture. L’objectif est qu’à chaque départ, le plus grand nombre de coureurs, professionnels du cyclisme, spectateurs aux bords des routes, et téléspectateurs découvre notre action.

Aujourd’hui, le Tour de France a un partenariat avec Qhubeka Charity qui permet d’obtenir plus de 180 nouveaux vélos chaque année [un vélo financé pour chaque coureur qui prend le départ du Tour]. C’est très bien, mais j’essaye d’en obtenir plus, notamment pour mon académie (contenu en anglais) au Rwanda. J’ai eu la chance qu’on me tende un vélo quelques années après le drame [le génocide rwandais] que mon pays a connu dans les années 1990. Cela a changé ma vie, et aujourd’hui, je pense qu’il est de mon devoir d’aider à mon tour une nouvelle génération de cyclistes.

Les championnats du monde de cyclisme se dérouleront au Rwanda en 2025, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Beaucoup de coureurs découvriront mon pays. Je pense qu’ils comprendront très vite pourquoi le Rwanda est surnommé le « pays des 1 000 collines ». Ce sera une fête énorme pour nous puisque le cyclisme est le deuxième sport le plus populaire après le football ici.

Dans ce grand format, découvrez la passion du cyclisme au Rwanda. En effet, depuis quelques années, ce sport jouit d’une popularité naissante. Le Tour du Rwanda est aujourd’hui la compétition cycliste la plus célèbre du continent africain, et le Rwanda accueillera les championnats du monde en 2025.

J’ai encore du mal à expliquer toute l’excitation que je ressens quand j’y pense. C’est une opportunité incroyable. Bien sûr, j’espère y participer en tant qu’amateur, mais j’espère surtout qu’un ou plusieurs des 250 jeunes que je forme dans mon académie brillera sur nos routes.

Auteur: MANZI
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