Discours d’ouverture de Karine Sebban-Benzazon directrice des écoles de Nimes, Nantes et Lyon, nommée à la tête du groupe Vatel début octobre. © Sylvie Rantrua
Cette 17e convention marque la passation entre Alain Sebban, fondateur du groupe, qui, pour la première fois, ne peut pas assister à l’événement pour des raisons de santé, et sa fille Karine Sebban-Benzazon, directrice des école de Nîmes, Nantes et Lyon, nommée à la tête du groupe début octobre. Émue, elle a rappelé qu’elle avait appris la pédagogie auprès de sa mère, qui dirigeait l’école de Lyon et la prise de décision auprès de son père. Désormais responsable du développement du groupe, elle estime que « les besoins en Afrique sont énormes. Les gouvernements développent activement le tourisme, des hôtels vont se construire et il faut des personnes compétentes au sein de ces établissements pour travailler. C’est là que nous intervenons. Le Rwanda, par exemple, s’oriente vers du tourisme haut de gamme et il faut que le personnel soit formé ».
Sur le continent, Vatel est arrivé en Tunisie en 2002 puis au Maroc, avec deux sites, l’un à Marrakech, l’autre à Casablanca. L’implantation dans l’océan Indien s’est rapidement faite à partir de Maurice, avec Madagascar, La Réunion et plus récemment Mayotte. On retrouve aussi Vatel à Kinshasa, au Rwanda, qui accueille cette convention, mais aussi depuis peu à Douala et bientôt à Brazzaville.
Un développement qui tient compte des réalités africaines
« Il est vrai que nos implantations en l’Afrique se sont développées surtout depuis une dizaine d’années en ayant à l’esprit qu’il était extrêmement important pour un étudiant s’il voulait réussir ses études de les faire près de sa famille. Et si on veut que le tourisme se développe en Afrique, continent au potentiel fabuleux, il faut former les étudiants dans leur propre pays », souligne Véronique Hasselweiler, directrice de la communication. Que ce soit pour le bachelor ou le MBA, la formation est à la fois théorique et pratique, avec une période de cours qui s’enchaîne avec une période de pratique et de stages. « L’ouverture à l’international, qui se fait dès la deuxième année, c’est aussi cela l’intérêt de Vatel », ajoute-t-elle.
Vue sur le campus de Vatel à Madagascar. © DR
Si à Bordeaux, Vatel propose un MBA en spécialisation vin et spiritueux, à Madagascar, l’école qui accueille 200 étudiants propose un MBA en spécialisation écotourisme. « Sur notre île, nous avons des trésors de biodiversité, de faune et de flore endémique, que nous devons protéger [...] Nous enseignons à nos étudiants comment faire des écolodges, travailler avec les villageois sur un projet hôtelier, utiliser l’énergie renouvelable, recycler des eaux usées, tous ces critères que l’on doit respecter pour faire de l’écotourisme », explique Falihery Ramakavelo, directeur de l’école. À La Réunion, un MBA en tourisme expérimentiel est proposé. Il s’agit de répondre à la demande croissante de voyageurs qui recherchent un dépaysement et à vivre une expérience, à travers la rencontre avec les populations locales et la découverte d’autres cultures.
À Douala, Vatel a démarré avec une première promotion en 2022-2023 de 10 étudiants. « L’accueil a été très enthousiaste auprès des partenaires hôteliers et dès le début nous avons bénéficié de l’accompagnement de la direction du Hilton à Yaoundé et du Crystal, le deuxième cinq étoiles au Cameroun, et plus récemment de l’Ibis. Il est important pour nos étudiants d’évoluer dans des établissements qui ont une renommée internationale », insiste Claire Choukem, directrice de Vatel Douala.
La prochaine ouverture sera Brazzaville, début 2024, en partenariat avec le gouvernement congolais qui a souhaité réhabiliter tout un complexe construit pour les Jeux d’Afrique en 2015. Cette école Vatel sera ouverte avec un hôtel d’application. Et en projet, la Côte d’Ivoire devrait aussi bientôt se concrétiser.
Des obstacles et défis
Bien sûr, la pandémie du Covid a été dramatique pour le secteur du tourisme. « Et pour le groupe Vatel, l’impact a été énorme », reconnaît Véronique Hasselweiler. Confinements, fermetures des hôtels, des restaurants, enseignement à distance et pratique restreinte… Après le Covid, il faut aussi convaincre. « Ces métiers de l’hôtellerie et du tourisme, en Afrique, mais aussi dans le monde, sont souvent encore considérés comme des métiers trop techniques ou trop opérationnels, avec peu de perspectives. L’hôtellerie, c’est aussi des métiers de manageurs et de direction », commente Aline Renard-Wang, directrice du développement international. « L’absence de culture hôtelière au Cameroun demeure un obstacle. Le tourisme n’est pas développé dans notre pays malgré les atouts que nous avons, d’un point de vue géographique, climatique et culturel », regrette de son côté Claire Choukem, directrice Vatel Douala.
« Le deuxième point faible, c’est le financement des études. Nous sommes une école privée avec des frais de scolarité qui sont parfois difficiles à supporter pour une famille même si dans beaucoup de pays africains, il existe une classe moyenne. En Afrique du Nord, la scolarité est à environ 5 000-6 000 euros par an et en Afrique subsaharienne, elle est en dessous de 5 000 euros en général », détaille-t-elle. Pour pallier ce frein financier, l’école peut trouver des bourses, notamment auprès d’un établissement hôtelier qui finance la formation pour un, deux ou trois étudiants. Au Rwanda, la Fondation Mastercard finance la scolarité de plusieurs étudiants.
« Sur le continent africain, nous nous intéressons surtout aux pays dont le secteur de l’hôtellerie commence à atteindre un certain degré de maturité pour permettre à nos étudiants de pratiquer et d’avoir un travail avec un bon potentiel. Nous avons ciblé des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin, l’Ethiopie, la Tanzanie… Ce sont des pays qui représentent un potentiel à nos yeux », explique Aline Renard-Wang. « Dans une démarche pro-active, je contacte des établissements qui peuvent être des partenaires pour nous en passant par les ambassades de France et les services de coopération.
Mais, de manière plus opportuniste, je suis contactée par des universités, des établissements et des groupes hôteliers qui souhaitent mettre en place une formation de gestion hôtelière avec Vatel. Ces établissements sont alors ouverts sous forme de franchise », détaille Aline Renard-Wang. « Notre vision est de recevoir et de travailler avec chaque personne qui viendra nous voir en disant “dans notre pays, il existe un besoin”. Nous ne nous donnons pas un objectif, que ce soit en Afrique ou ailleurs, mais nous sommes à l’écoute », glisse Karine Sebban-Benzazon.
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