CONSTRUIRE DES PONTS ET PAS DES MURS ENTRE L’AFRIQUE DU SUD ET LE RWANDA
Silence Charumbira est journaliste international basé à Maseru, vient de publier en anglais, un article qui invite l’Afrique du Sud de revoir ses relations avec le Rwanda. Rwanda podium s’est permis de traduire cet article positif, pour mieux le partager avec ses lecteurs francophones.
author By MANZI
    On mardi 20 mai 2025
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OPINION : DES PONTS, PAS DES MURS : OCCASION HISTORIQUE POUR L’AFRIQUE DU SUD DE RELANCER SES RELATIONS AVEC LE RWANDA.

Le retrait des forces de la SAMIDRC de la République démocratique du Congo (RDC) ouvre une fenêtre diplomatique inédite. Une opportunité que les présidents Cyril Ramaphosa et Paul Kagame pourraient saisir pour refonder leurs relations bilatérales, affirmer un leadership régional et jeter les bases d’un avenir africain guidé par l’unité, la paix et la résilience.

Depuis longtemps, l’Afrique du Sud s’est imposée comme un pilier de la diplomatie et de la consolidation de la paix sur le continent. Mais le véritable leadership ne se mesure pas seulement dans les victoires éclatantes. Il réside surtout dans la capacité à transformer l’adversité en opportunité. Et Pretoria se trouve aujourd’hui à un tournant crucial.

Le retrait des forces de la SAMIDRC de la République démocratique du Congo (RDC) ouvre une fenêtre diplomatique inédite. Une opportunité que les présidents Cyril Ramaphosa et Paul Kagame pourraient saisir pour refonder leurs relations bilatérales, affirmer un leadership régional et jeter les bases d’un avenir africain guidé par l’unité, la paix et la résilience. Depuis longtemps, l’Afrique du Sud s’est imposée comme un pilier de la diplomatie et de la consolidation de la paix sur le continent. Mais le véritable leadership ne se mesure pas seulement dans les victoires éclatantes. Il réside surtout dans la capacité à transformer l’adversité en opportunité. Et Pretoria se trouve aujourd’hui à un tournant crucial.

Le retrait progressif des troupes de la SAMIDRC de l’Est de la RDC, amorcé à la suite de rencontres entre les chefs d’état-major des pays contributeurs et le commandement militaire de l’AFC/M23, ne doit pas être perçu comme une défaite. C’est, au contraire, l’occasion de redéfinir l’engagement régional de l’Afrique du Sud et de repositionner son rôle dans la construction du futur du continent.

Le geste discret mais significatif du Rwanda — qui a accordé un passage sécurisé aux troupes et à leur matériel en transit — constitue une ouverture diplomatique majeure. Si Pretoria choisit d’y répondre avec lucidité et détermination, elle pourrait renforcer son rôle de bâtisseur de paix et de progrès en Afrique.


Lors du Forum des PDG africains à Abidjan cette semaine, le président Ramaphosa a réaffirmé son attachement au principe des « solutions africaines aux problèmes africains », devant un parterre de dirigeants politiques et économiques. Plus qu’un discours de circonstance, il s’agissait d’un véritable appel à l’action en faveur de la coopération régionale, du partenariat et d’un leadership endogène — des principes qui trouvent un écho dans l’initiative du Rwanda.

Le président Kagame, dans un esprit similaire, a souligné la nécessité du pragmatisme et du partenariat pour faire avancer l’agenda du développement du continent. Le rôle joué par Kigali dans le rapatriement ordonné et digne des troupes de la SAMIDRC, y compris sud-africaines, depuis Goma, ne relève pas uniquement de la logistique. C’est un acte d’homme d’État, un signal clair de la volonté rwandaise de raviver la coopération régionale.

Malgré la vive divergence publique de février 2025 entre les deux chefs d’État sur la situation en RDC, leurs actions récentes montrent qu’une voie de réconciliation est possible, pour peu qu’elle soit empruntée avec respect mutuel et vision stratégique.

Le départ des convois de la SAMIDRC de Goma vers le Rwanda, puis la Tanzanie, le 29 avril, symbolise davantage qu’un simple retrait militaire. C’est la fin d’un chapitre, mais aussi le possible début d’un nouveau récit. Le rôle du Rwanda dans cette opération doit être interprété comme la preuve de son engagement à établir des relations bilatérales fondées sur des objectifs partagés.

L’Afrique du Sud, fidèle à son héritage diplomatique — des efforts de médiation du président Thabo Mbeki lors des guerres du Congo à son action au sein de la SADC — a toujours opté pour le pragmatisme. Le président Ramaphosa, à Abidjan, a réaffirmé son ambition de renforcer les institutions africaines, de stimuler le commerce intra-africain et de promouvoir une prospérité collective. Des objectifs qui convergent parfaitement avec l’ouverture offerte par Kigali.

Certains, au sein de l’establishment politique sud-africain, pourraient prôner la prudence, invoquant les tensions passées. Mais comme l’a souligné Ramaphosa, l’Afrique a besoin de courage, d’unité et de pragmatisme. La diplomatie ne requiert ni naïveté ni amnésie, mais une maturité capable de reconnaître les différends tout en travaillant à les surmonter.

En témoigne l’attitude du Rwanda, qui, malgré les désaccords, n’a jamais fermé la porte du dialogue. Son politique de visa ouverte — mise en place depuis quelques années — qui accorde un visa gratuit à l’arrivée pour tous les Africains, y compris les Sud-Africains, contraste avec la fermeture des visas sud-africains aux Rwandais depuis plus d’une décennie.

Les bénéfices d’une réconciliation sont immenses. Ensemble, Kigali et Pretoria peuvent initier de nouvelles formes de coopération sécuritaire pour relever les défis du continent, exploiter pleinement les opportunités de la ZLECAF, et peser dans la lutte contre les enjeux globaux tels que le changement climatique, l’insécurité alimentaire ou les bouleversements technologiques.

Des actions concrètes pourraient suivre : lancement d’un dialogue bilatéral de haut niveau, mise en place de projets communs dans le sport, le tourisme, la santé publique, l’éducation ou la sécurité alimentaire. Les symboles comptent également : visites d’État, échanges culturels ou déclarations conjointes pourraient poser les jalons d’un partenariat stratégique durable.

Le discours de Ramaphosa à Abidjan le prouve : il a conscience des enjeux. Répondre positivement à l’initiative rwandaise ne serait pas un simple geste de bonne volonté. Ce serait un acte fort de leadership africain, en parfaite cohérence avec sa vision d’un continent unifié, résilient et prospère.

Le choix qui se présente à Pretoria n’est pas entre fierté et pragmatisme, mais entre inertie et action. Le Rwanda a tendu la main. L’Afrique du Sud a l’autorité, la crédibilité et la responsabilité stratégique d’y répondre. Et d’y répondre de manière audacieuse.

C’est le moment de bâtir des ponts, pas des murs.

C’est le moment de transformer les défis en opportunités, et d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire d’une Afrique unie, résiliente et tournée vers l’avenir.

Silence Charumbira est journaliste international basé à Maseru, au Lesotho. Il a collaboré avec plusieurs médias de renom tels que The Guardian, CNN, China Daily, Guangming ou encore l’Associated Press (AP). Il traite de nombreux sujets, notamment les relations sino-africaines. Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n’engagent pas la rédaction.

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