LE CAIRE, NAIROBI, KIGALI : LES RECETTES GAGNANTES DU TOP 3 DU PALMARES DES 30 VILLES AFRICAINES LES PLUS ATTRACTIVES
Incitations fiscales, infrastructures de transport, innovations… Le trio de tête de notre classement des métropoles africaines les plus attractives multiplie les initiatives pour attirer les investisseurs et améliorer le quotidien de leurs habitants. Par Amro Elserty
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    On mercredi 3 décembre 2025
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L’aéroport de Bugesera au sud-est de Kigali doit ouvrir fin 2027. Il fait partie de la stratégie d’attractivité rwandaise. © Airport Design Management/Zoom.VP.AT/DR

Le Caire, la « ville qui ne dort jamais », est cette année en tête de notre classement des villes les plus attractives du continent. Mégapole de plus de 22 millions d’habitants, la capitale égyptienne doit son succès en grande partie à l’afflux de capitaux intervenu ces dernières années. Et pour cause : elle a capté quelque 11,3 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) entre 2019 et 2023, dont 4,3 milliards pour cette seule dernière année, selon les données de la publication fDi Intelligence.

Un volume financier qui a représenté un total de 173 projets, sans même compter la série de villes nouvelles lancées, dont « Sissi City », le surnom du projet de Nouvelle capitale administrative (NCA) du pays : modernisation et extension du métro, réseau de stations électriques, de traitement d’eau et d’assainissement, ouverture d’hôtels cinq étoiles, création de data centers, réhabilitation de sites historiques et culturels… Sans oublier plusieurs autres mégaprojets, dont la mise en service du monorail reliant Le Caire à la NCA, à plus de 50 km, et l’ouverture du Grand Musée égyptien, toutes deux intervenues début novembre.

« L’expansion sans précédent de notre réseau routier ainsi que la construction de ponts et de tunnels ont considérablement amélioré la connectivité dans la région du Grand Caire, met en avant Hossam Heiba, le président de l’Autorité générale égyptienne pour l’investissement et les zones franches (Gafi). De plus, l’extension du métro et le développement des réseaux ferroviaires à grande vitesse fluidifient les trajets quotidiens tout en reliant la ville à de nouveaux centres urbains, facilitant ainsi l’accès à un vivier de talents qualifiés. »

Le Caire, priorité à la fiscalité

Ces avancées auraient été impossibles sans l’amélioration du climat des affaires. « Ces trois dernières années, le gouvernement a mis en œuvre un certain nombre de mesures fiscales qui, bien qu’ayant des répercussions sur le pouvoir d’achat des habitants, portent aujourd’hui leurs fruits en attirant les investisseurs étrangers », souligne Ahmed N. Elashkar, économiste et spécialiste des fusions-acquisitions. « Il s’agit surtout de la lutte contre la crise des devises étrangères et de l’éradication du marché noir des devises, qui se sont accompagnées d’une augmentation des réserves de change et d’une réduction des taux d’intérêt », reprend-il, saluant aussi les efforts déployés pour redynamiser la Bourse du Caire, simplifier les procédures administratives – notamment par la création d’un guichet unique au Gafi – et clarifier le régime fiscal.

Ces réformes ont été menées dans un contexte macroéconomique tendu (croissance de 4,3 % mais inflation à 20 % cette année), le pays ayant évité la crise de liquidités en 2024 grâce à la conclusion d’une série d’accords, avec le fonds souverain émirati, le FMI, l’Union européenne et la Banque mondiale. Mais, pour ses promoteurs, le jeu en valait la chandelle, ayant permis d’asseoir le rôle moteur de la capitale égyptienne dans l’économie nationale : elle contribue à hauteur de 28 % au PIB de l’Égypte, selon le ministère de la Planification, du Développement économique et de la Coopération internationale.

Kigali, chantre de la simplification

Réputée pour sa stabilité politique, la capitale du Rwanda, classée, comme l’an dernier, à la 2e place de notre palmarès, a attiré quelque 2 milliards de dollars d’IDE alloués à 38 projets entre 2019 et 2023. Misant sur la digitalisation, Kigali, qui assure 41 % du PIB national selon le site officiel de la ville, incarne la réussite d’un pays classé au 38e rang mondial du rapport « Doing Business 2020 » de la Banque mondiale et continuant à afficher de solides performances, selon la dernière édition du rapport « Business-Ready », successeur du « Doing business ».

« Les principaux atouts de Kigali tiennent à sa solide gouvernance, à un ensemble de lois et réglementations progressistes et à la forte collaboration entre la ville et le Rwanda Development Board (RDB), explique l’urbaniste et ancien maire adjoint de la ville, Merard Mpabwanamaguru. La création de guichets uniques permet en outre aux investisseurs d’accéder à tous les services nécessaires à un seul endroit. »

Et l’ancien responsable de la ville d’ajouter : « Ce système intégré facilite les affaires et raccourcit les délais d’approbation. Le Rwanda offre aussi des exonérations et des incitations fiscales dans le cadre de ses lois sur l’investissement, tout en garantissant le strict respect des normes urbaines et environnementales. Tout cela contribue à créer un cadre à la fois équilibré et prévisible, favorable au développement immobilier. »

Dans le même temps, la capitale rwandaise s’est attaquée au chantier des infrastructures et de la fourniture des services de base. Chiffré à 2 milliards de dollars, le nouvel aéroport international de Bugesera doit augmenter la capacité d’accueil du pays en accueillant 7 millions de passagers par an puis 14 à l’horizon 2032. Ce chantier est mené en parallèle d’investissements dans les transports propres : minibus, bus et motos électriques, pistes cyclables et même un projet de téléphérique lancé cette année.

La dynamique est la même sur le volet social, dans la santé – engagement à construire ou à moderniser au moins un hôpital dans chacun des trois districts de la capitale – et l’éducation – création de nouvelles universités, de centres de formation et hubs dédiés à l’innovation devant garantir une formation en adéquation avec les besoins du marché de l’emploi.

Nairobi, connectivité et innovation

Bien qu’étant secouée par le mouvement Gen Z, depuis juin 2024, la capitale du Kenya monte, elle, sur la 3e marche du podium, soit un gain de trois places par rapport à l’an dernier. Siège du bureau Afrique de l’ONU ainsi que de deux des agences de l’organisation internationale, le Pnue et Onu-Habitat, Nairobi, qui représente 27,5 % du PIB national, a attiré 3,4 milliards de dollars d’investissements entre 2019 et 2023 pour 181 projets, selon fDi Intelligence.

Facile d’accès grâce à l’aéroport international Jomo Kenyatta et bénéficiant d’un climat agréable toute l’année, la ville se pose en porte d’entrée de l’Afrique de l’Est. « Le système éducatif est très efficace par rapport à celui d’autres pays africains, ce qui permet de former une main-d’œuvre relativement qualifiée à bas salaire », souligne Maurice O. Oyugi, président du département d’urbanisme et d’aménagement du territoire de l’université de Nairobi. Un environnement qui a notamment séduit les géants de la tech comme Google, Microsoft et IBM. Nairobi abrite Konza Technopolis, surnommée la Silicon Savannah, un parc scientifique et technologique pensé sur le modèle de la Silicon Valley, lancé en 2012 et inauguré en début d’année.

« Le gouvernement a donné la priorité aux investissements dans les infrastructures comme moyen de créer des emplois et d’alimenter la croissance », commente l’universitaire Maurice O. Oyugi. Le réseau routier s’est ainsi beaucoup amélioré avec la création de la Nairobi Expressway, route de 27 km reliant l’aéroport aux quartiers ouest. Plusieurs autres projets sont en cours, dont l’autoroute Mombasa-Nairobi et un système de réseau BRT (Bus Rapid Transit), en partie financé par la Banque européenne d’investissement.

Pour autant, il reste à la ville de plus de 4,4 millions d’habitants des défis de taille à relever, dont la modernisation de sa gouvernance, le renforcement de l’accès à l’eau et l’électricité et la construction de logements sociaux pour répondre aux besoins croissants de la population. Dans ce cadre, l’émergence de Tatu City, ville nouvelle privée développée par la société Rendeavour au nord de Nairobi et devant accueillir 250 000 habitants, fait figure de test pour évaluer la capacité de la capitale à inventer de nouveaux modèles de développement urbain.Incitations fiscales, infrastructures de transport, innovations… Le trio de tête de notre classement des métropoles africaines les plus attractives multiplie les initiatives pour attirer les investisseurs et améliorer le quotidien de leurs habitants.

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