Les plaignants suspectent une opération de blanchiment de fonds publics. Tout a commencé à Paris par une plainte déposée il y a quelques mois au Parquet national financier (PNF).
L’opération de sponsoring lancée par le ministre des Sports congolais Didier Budimbu, longtemps résident en Belgique, vise officiellement à promouvoir la venue des touristes et des investisseurs en RDC.
Le Rwanda est passé maître dans le soft power en tout genre pour promouvoir son image en Europe et dans le monde en développant, sur son territoire, une véritable offre touristique et en se forgeant une réputation de hub africain pour les services et les congrès en tout genre.
“Je ne connais pas le système mis en place par le Rwanda et cela n’intéresse pas les deux clients qui m’ont mandaté et qui ont insisté pour que l’on conserve leur anonymat. Ce qui est mis en avant dans la plainte, c’est la manipulation des fonds publics en violation des règles budgétaires et des règlements sur la régulation des marchés publics congolais”, poursuit l’avocat.
Un argument qui fait sourire Maître Diakiese. “Comment oser prétendre faire une campagne d’image pour le tourisme congolais en Europe alors que la plupart des ministères européens des Affaires étrangères déconseillent à leurs ressortissants de se rendre en RDC ?”.
Guerre du sponsoring
Par cette campagne, le gouvernement congolais tente surtout de rivaliser avec son voisin et ennemi juré le Rwanda, qui s’est lancé depuis quelques années dans une politique de sponsoring sportif avec une présence sur le maillot de clubs comme le Paris Saint-Germain en France, Arsenal en Grande-Bretagne, l’Atletico Madrid en Espagne et le Bayern Munich en Allemagne.
Au moins 60 millions d’euros en jeu
Le ministre des Sports, qui fut ministre des Hydrocarbures lors du premier mandat du président Félix Tshisekedi, a aussi signé des partenariats avec l’AC Milan et le Football Club de Barcelone. “Nous allons prochainement entreprendre des démarches similaires en Italie et Espagne où les montants engagés par le Congo sont encore bien plus scandaleux”, explique l’avocat qui énumère les montants de ces opérations : “Quatre millions d’euros pour Monaco pour trois ans, approximativement 15 millions d’euros pour Milan sur la même période, et on passe à plus de 40 millions d’euros sur quatre ans pour Barcelone”.
Ici, plusieurs Congolais attentifs à ces opérations de sponsoring soulignent le “surréalisme” de l’opération espagnole. “Le logo qui doit mettre en avant le Congo se trouve sur les vareuses d’entraînement. Personne ou presque ne peut donc voir cette campagne à 40 millions d’euros. Utiliser des fonds publics pour une opération aussi invisible, c’est insupportable”, explique un Congolais pourtant supporter du club catalan.
Me Hervé Diakiese
“Ces sommes sont indécentes au vu du train de vie des Congolais, mais aussi eu égard à la situation du football dans notre pays. Le championnat est à l’arrêt. Les stades ne répondent plus aux exigences de la CAF (Confédération africaine de football, NdlR). Mais, plutôt que d’investir dans notre championnat, nos responsables préfèrent abreuver les clubs européens.”
Impossible au Congo
Maître Diakiese s’interroge aussi sur les contreparties pour le Congo. “Le tourisme, on sait ce qu’il en est. Quel est donc l’intérêt de notre pays dans cette opération ? Du contenu des contrats, nous ne savons que ce que le ministre a bien voulu en dire”. Les plaignants et l’avocat insistent encore sur le fait qu’ils ont dû mener cette plainte en Europe. “À la lumière de ce que nous constatons, on peut penser qu’il y a des possibilités d’être dans une opération de blanchiment où plusieurs intermédiaires se sont servis au passage. Intenter une telle action au Congo aujourd’hui relève de l’utopie. Plusieurs dossiers dans lesquels je suis intervenu, comme celui du Répertoire des appareils mobiles (Ram, un système qui a englouti des dizaines, voire des centaines de millions de dollars sur le dos des usagers des téléphones mobiles, NdlR) ont démontré que la justice n’est guère déterminée, doux euphémisme, quand elle doit s’intéresser à ce qui se passe dans les hautes sphères du pouvoir”, conclut l’avocat.