Le président américain Donald Trump lors de la cérémonie de signature d’un accord de paix en présence du président rwandais Paul Kagame (à gauche) et du président congolais Félix Tshisekedi. Photo : ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP via Getty Images.
Les États-Unis ont récemment adopté une ligne dure à l’égard du Rwanda et de ses alliés du M23 — et à juste titre. Kigali a soutenu une offensive militaire du M23 ayant conduit à la prise d’Uvira, deuxième plus grande ville de la province du Sud-Kivu, alors que le président américain Donald Trump recevait les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame pour finaliser le cadre des Accords de Washington à la fin de l’année dernière.
Cette initiative a été perçue comme un affront aux efforts de médiation américains visant à mettre fin à un conflit qui perdure depuis des décennies et à encourager la paix grâce à des milliards de dollars d’investissements américains.
Washington a réagi avec fermeté en prenant certaines des mesures les plus sévères contre le Rwanda depuis plus de dix ans. Début mars, les États-Unis ont imposé des sanctions et des restrictions de visas à de hauts responsables rwandais. Fin avril, le département du Trésor a sanctionné l’ancien président congolais Joseph Kabila pour son soutien financier et politique au M23.
Plus significatif encore, les Forces de défense rwandaises (RDF), pilier majeur de l’appareil sécuritaire et économique du Rwanda, sont devenues seulement la deuxième armée nationale africaine à être sanctionnée par les États-Unis.
À l’inverse, le président Tshisekedi et son gouvernement ont gagné les faveurs de l’administration Trump. Après plusieurs mois de négociations, Kinshasa a signé fin décembre un vaste accord de partenariat stratégique avec Washington garantissant aux entreprises américaines un accès privilégié aux ressources minières de la riche région de la Copperbelt. L’accord prévoit également la réorientation des exportations congolaises de minerais critiques vers l’océan Atlantique via le corridor ferroviaire de Lobito financé par les États-Unis.
La RDC s’est également rapprochée de la politique migratoire de l’administration américaine en acceptant d’accueillir des personnes expulsées des États-Unis en provenance d’Amérique latine et potentiellement du Moyen-Orient.
À première vue, la RDC pourrait apparaître comme un partenaire modèle pour la paix. Pourtant, la réalité est tout autre. Depuis décembre, alors que le M23 est essentiellement sur la défensive et a même cédé du terrain sous la pression américaine, l’armée congolaise et ses alliés ont intensifié leurs attaques terrestres et par drones, provoquant parfois la mort de civils dans des zones urbaines.
Lors des négociations menées sous médiation qatarie avec le M23, Kinshasa continue également de retarder les premières mesures de confiance en invoquant des arguments techniques contestables.
Plus préoccupant encore, le gouvernement congolais n’a pas mis fin à son soutien aux groupes armés non étatiques. Des officiers supérieurs de l’armée congolaise ont saboté les tentatives, déjà limitées, de désengagement, tandis que l’État continue de verser chaque mois des millions de dollars à des milices qui affrontent régulièrement le M23.
Parmi elles figurent notamment les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé extrémiste hutu lié au génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, que Kigali considère comme une menace majeure pour sa sécurité. Selon les auteurs, la collaboration entre Kinshasa et les FDLR se serait même renforcée récemment.
En s’abstenant de faire pression sur Kinshasa, l’administration Trump risque de compromettre la logique même de son accord de paix et d’aliéner des partenaires importants de la région.
Du côté congolais, Félix Tshisekedi n’a guère d’incitation à négocier de bonne foi avec le M23 ou d’autres acteurs s’il est convaincu de bénéficier d’un soutien inconditionnel des États-Unis.
Le président congolais continue de considérer le M23 comme un acteur illégitime qui doit être vaincu militairement, malgré les revers répétés de son armée sur le terrain.
Le soutien politique — et potentiellement militaire — des États-Unis ne ferait que renforcer cette conviction. Tshisekedi cite d’ailleurs régulièrement l’appui américain pour justifier sa position maximaliste.
À l’inverse, le Rwanda et le M23 ont peu d’intérêt à participer à un processus de paix qu’ils jugent biaisé ou inefficace. Paul Kagame a déjà critiqué l’approche américaine, affirmant que son pays ne « capitulerait pas ».
Les mesures punitives ciblant uniquement Kigali renforcent également une perception ancienne au sein des cercles dirigeants rwandais selon laquelle la communauté internationale serait fondamentalement hostile au Rwanda. Sans l’adhésion du Rwanda, ni l’action militaire de Kinshasa ni la pression diplomatique américaine ne semblent en mesure d’affaiblir durablement un M23 désormais solidement implanté.
Au-delà du conflit, les auteurs estiment que les États-Unis risquent également d’encourager indirectement une concentration du pouvoir controversée en RDC. Selon eux, Félix Tshisekedi instrumentalise la poursuite de la guerre pour justifier une révision de la Constitution susceptible de repousser les élections et de lui permettre de briguer un troisième mandat.
Ils l’accusent également d’utiliser les Accords de Washington et la menace de sanctions américaines pour réprimer l’opposition, en assimilant ses adversaires politiques à des sympathisants du M23 ou du Rwanda.
Face à cette situation, une partie de l’opposition congolaise critique désormais ouvertement le partenariat entre Kinshasa et Washington, ce qui pourrait fragiliser les relations bilatérales à long terme dans un pays aussi politiquement instable que la RDC.
Les auteurs appellent donc les États-Unis à accentuer leur pression sur Kinshasa, notamment dans le cadre des Accords de Washington. Ils recommandent à l’administration américaine d’exiger du gouvernement congolais qu’il cesse immédiatement toute collaboration avec les FDLR et qu’il lance des opérations militaires pour neutraliser ce groupe, conformément à ses engagements.
Washington devrait également envisager des sanctions ciblées contre les responsables congolais qui entravent cette démarche et suspendre sa coopération militaire avec l’armée congolaise tant que ces engagements ne seront pas respectés.
Concernant les négociations conduites par le Qatar, les auteurs estiment que l’administration Trump devra également convaincre Kinshasa de négocier sérieusement et d’accepter certains compromis indispensables à un accord durable avec le M23, notamment une forme de contrôle transitoire du mouvement sur les territoires qu’il administre actuellement.
En parallèle, Washington devrait aider Tshisekedi à gérer les conséquences politiques internes de telles concessions en lui offrant des résultats tangibles grâce au partenariat stratégique sur les minerais critiques.
Selon les auteurs, la seule manière de garantir la paix et la prospérité recherchées par les États-Unis consiste à tenir toutes les parties responsables de leurs actes, y compris leurs alliés à Kinshasa.
Les Accords de Washington offrent déjà de nombreux avantages tant à la RDC qu’au Rwanda. Après avoir sanctionné Kigali pour avoir enfreint les engagements de paix, Washington doit désormais veiller à ce que Kinshasa ne compromette pas, à son tour, les efforts déployés depuis un an pour instaurer une paix durable dans la région.