Le dimanche 2 août 2026, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, et son épouse, Denise Nyakeru Tshisekedi, ainsi que les membres du gouvernement se sont recueillis au Mémorial du Genocost à Kinshasa, en présence de rescapés. © Présidence CD / X
Le « genocost » est une construction politique, présentée comme une vérité historique et juridique, promue par le gouvernement congolais actuel et amplifiée par des militants, malgré l’absence de reconnaissance en tant que concept historique ou juridique établi.
En 2022, dans un contexte de fortes tensions entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, le gouvernement congolais a lancé la commémoration du « genocost », célébré chaque année le 2 août, un concept qu’il cherche à faire reconnaître internationalement. Cette campagne, menée par le Fonds national pour la réparation des victimes (Fonarev), tente d’établir un lien entre les violences commises en RDC et l’exploitation des ressources naturelles du pays, associant ainsi la notion de « génocide » à celle d’« exploitation économique ».
Au fil des ans, le concept de « genocost » est devenu un élément central de la stratégie de négationnisme du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda et s’inscrit également dans le discours politique de confrontation de la RDC avec le Rwanda. Il présente le Rwanda non seulement comme responsable du « genocost » mais aussi des crimes qui lui sont imputés.
Le génocide dans le droit international
Le Fonarev présente le « genocost » comme un concept qui remet en question, voire concurrence, les récits bien documentés du génocide de 1994 contre les Tutsi. Au sein d’une partie de la société civile congolaise, la reconnaissance internationale de ce génocide est perçue comme un exemple de traitement préférentiel accordé au Rwanda plutôt qu’à la RDC.
Selon la Convention des Nations Unies de 1948, le génocide est défini comme des actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux en tant que tel. Le terme « genocost » ne correspond pas à cette définition juridique pour plusieurs raisons.
Premièrement, l’intention spécifique (dolus specialis) n’a pas été établie. En droit international, la mort d’un grand nombre de personnes ne suffit pas, en soi, à constituer un génocide ; il faut démontrer l’existence d’une intention délibérée d’exterminer un groupe protégé en raison de son identité.
Deuxièmement, les guerres des années 1990 en RDC ont fait des victimes parmi une grande diversité de communautés ethniques, nationales et de populations civiles, sans qu’un seul groupe ait été exclusivement visé. Par ailleurs, les estimations du nombre de victimes attribuées au « genocost » varient fortement selon les sources, alimentant les débats sur la crédibilité de ce concept et les inquiétudes liées à la concurrence des mémoires collectives.
Troisièmement, les causes de décès sont multiples. Une part importante des décès recensés résulte indirectement des conflits armés, notamment des maladies, des déplacements forcés, de la malnutrition, de l’effondrement d’infrastructures sanitaires déjà défaillantes et de l’insécurité chronique.
Quatrièmement, étant donné la multitude d’acteurs impliqués dans les conflits de l’est de la RDC — armées nationales et régionales, groupes rebelles congolais et étrangers, milices locales et réseaux criminels —, il est difficile d’établir l’existence d’un plan coordonné visant à anéantir un groupe protégé spécifique. Il est encore plus difficile d’attribuer tous les crimes commis au cours des trente dernières années à un seul acteur, à savoir le Rwanda.
Le « genocost », un concept sans reconnaissance juridique
Le Fonarev présente les violences comme des « massacres de Bantous par des Tutsi », une interprétation ethnique contestée. D’un point de vue anthropologique, l’emploi du terme « Bantous » est toutefois scientifiquement imprécis puisqu’il désigne une classification linguistique qui inclut également les locuteurs du kinyarwanda, notamment les Tutsi de la RDC et les Rwandais.
Le concept de « genocost » est critiqué pour son application sélective et ses limites temporelles jugées arbitraires. Il met l’accent sur certains crimes tout en en écartant d’autres, notamment ceux attribués à des responsables congolais impliqués dans les conflits des années 1990 et 2000, y compris certaines personnalités aujourd’hui au pouvoir ou proches du gouvernement. Le récit du « genocost » criminalise soit le Rwanda, soit certains dirigeants d’anciens mouvements rebelles, principalement en raison de leur appartenance ethnique, tout en exonérant d’autres personnes de toute responsabilité malgré leur implication dans les mêmes conflits.
Si la prédation économique constitue le critère central du « genocost », alors le rôle de tous les responsables — congolais et étrangers — doit être pris en compte de manière égale. Autrement, ce concept apparaît comme un simple instrument politique sélectif. La fiabilité des preuves avancées, leur cohérence, leur universalité, leur crédibilité et la pertinence de ce concept comme outil de commémoration, de justice ou de mobilisation politique demeurent fortement contestées.
Le « genocost » n’est ni un concept juridique ni un mécanisme judiciaire et ne peut donc fonder l’attribution d’une responsabilité collective. Les responsabilités en matière de crimes internationaux relèvent des enquêtes et des décisions de justice, tandis que le débat autour du « genocost » demeure essentiellement politique, avec un usage du terme « génocide » susceptible d’en brouiller la portée juridique.
Cette analyse ne vise pas à minimiser les souffrances endurées par le peuple congolais, il ne faut pas sous-estimer l’ampleur de la catastrophe humanitaire qu’il a subie. Mais il est nécessaire de distinguer la reconnaissance de ces tragédies de l’application d’une qualification juridique précise aux crimes commis.