Une Afrique marginalisée
Selon plusieurs études, les médias occidentaux ne consacreraient que 2 % de leur couverture médiatique à l’Afrique, qui abrite 17 % de la population mondiale. Difficile dans ces conditions de rendre compte de toute la diversité du continent. Les informations retenues sont le plus souvent liées à des événements tragiques, projetant une image négative et pessimiste d’un continent ravagé par les guerres, la corruption, le terrorisme, les maladies ou la famine.
Les décennies passent, mais les discours restent ceux mis en place au xixe siècle
Les œuvres de fiction contribuent peu à inverser cette grille de lecture puisqu’elles montrent le plus souvent des pays dirigés par des dictateurs sanguinaires, en lutte contre des rebellions fondamentalistes composées d’enfants-soldats. Un contexte si peu enviable que les producteurs font le choix assumé de situer leurs actions dans des pays fictifs.
Afin de ne fâcher personne et d’éviter tout incident diplomatique ? De tels environnements narratifs permettent à l’inverse de présenter le héros, le plus souvent blanc, en sauveur de populations passives et victimisées. Comme dans les récits de l’époque coloniale.
Une Afrique figée
Les décennies passent, mais les discours restent ceux mis en place au XIXe siècle par les Européens lors de la conquête coloniale pour différencier le « civilisé » du « primitif ». Puisque l’Africain se refuserait à entrer dans l’histoire, les colonisateurs ont inventé le concept de tradition, qui se caractérise par une temporalité immobile et réfractaire au progrès.
Quand elle est considérée, l’histoire africaine n’est le plus souvent perçues que comme une simple réaction à des événements qui se sont déroulés ailleurs, essentiellement en Occident. Selon ce schéma, les Africains vivent dans un « présent intemporel et immuable », construit à l’époque par l’Europe pour représenter l’Afrique comme son « double négatif », au nom de la supériorité des Occidentaux d’hier comme d’aujourd’hui.
Une Afrique tribalisée
Autre notion inventée par le colonisateur et qui a la vie dure, celle de tribu, opposée à celle de nation par essence occidentale. Les tribus sont vues comme des unités culturelles fondées sur des pratiques religieuses et ethniques, ainsi que sur des similitudes physiques. Un terreau idéal pour établir une classification distincte entre le colonisateur et le colonisé.
L’Afrique, telle qu’elle est, n’est pas enseignée
Instrument de domination, le racisme permet de privilégier un groupe par rapport à un autre, en insistant sur leurs différences : avec histoire, sans histoire ; industrielle, pré-industrielle ; écriture, sans écriture ; etc. Il reste le marqueur fondamental de la supériorité de l’un sur l’autre, entre blanc et noir, mais également au sein des colonisés eux-mêmes.
Une Afrique ignorée
Si les pires stéréotypes perdurent, c’est parce que l’Afrique, telle qu’elle est, n’est pas enseignée. La seule civilisation issue du continent et reconnue dans la plupart des ouvrages reste celle de l’Égypte ancienne ! Une « falsification consciente de l’histoire africaine », selon l’expression de Cheikh Anta Diop, qui en dit long sur des sociétés du Nord satisfaites de leurs connaissances lacunaires.
C’est que l’Afrique est la grande absente des programmes scolaires, notamment en France, et ce jusqu’au plus haut niveau d’études, où elle reste le plus souvent optionnelle. Et quand elle est traitée, c’est en filigrane de l’histoire européenne, essentiellement à travers l’esclavagisme et la colonisation. Et que vaut l’enseignement de cette dernière période « sans le regard des colonisés » ? se demande l’auteure.
Le second prisme privilégié est celui du « développement », selon une approche comparative qui met surtout en exergue les « fragilités » du continent, qui apparaît finalement comme passif, sans autonomie propre, relégué à tout jamais à la périphérie du monde. « Même si les Africains n’ont jamais vécu dans l’isolement, ne serait-ce que parce que l’humanité y est née », ainsi que le rappelle l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch.
Pourquoi l’Afrique est entrée dans l’Histoire (sans nous), Éditions Hikari, collection Enquête d’ailleurs
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