L’avènement de Pelé dans le monde blanc de football a poussé le monde occidental à commencer à comprendre l’idiotie de la ségrégation, ainsi beaucoup d’équipes ont commencé à recruter des joueurs noirs.
Parcours exceptionnel
« Mais par où commencer ? », se demande La Voix du Nord. « Comment trouver le meilleur moyen d’aborder une vie aussi riche, le parcours d’un joueur qui aurait marqué, selon la légende, plus de 1 000 buts dans sa carrière, un peu moins selon la police », rappelle le quotidien qui choisit finalement l’originalité en parlant de ces buts que Pelé « n’a pas marqués ». Le journal n’en compte que deux.
Plus classique, Ouest France propose un portrait du « Roi » qui commence par cette question :
« Papa, pourquoi tu pleures ? » Question posée le 16 juillet 1950, à son père par le celui qui n’est encore que le jeune Edson Arantes do Nascimento. Le Brésil vient alors de perdre face à l’Uruguay.
« Ces larmes, Pelé ne les oubliera jamais »,raconte le quotidien.
Pelé, un surnom que le jeune footballeur n’apprécie pas au départ. Le Parisien relaye les propos de la légende : « Quand j’étais môme, j’ai détesté m’appeler Pelé, un nom donné par mes copains. C’est le nom d’une rivière sacrée en Amazonie mais cela veut aussi dire stupide en turc ! »
Quatre lettres qui le font entrer dans la légende
C’est lors de la Coupe du monde de 1958, raconte l’Équipe : « La technique, la vitesse, la force athlétique, cette forme de symphonique et d’harmonie dans son jeu, tout cela a constitué une sorte d’émerveillement originel. [...] Personne n’avait vu ça sur le vieux continent. »
La télévision en est à ses débuts et L’Équipe précise que « les images les plus nettes qui restent du phénomène sont celles qui rendent le moins bien hommage à son talent ». Elles datent de 1970, et de la dernière Coupe du monde de Pelé, alors âgé de 29 ans. Mais première en couleur à la télévision, rappelle Le Parisien qui qualifie l’événement de « plus belle des Coupes ». Et si L’Équipe parle d’un Pelé quelque peu « vieilli », « empâté », Le Parisien décrit tout de même un joueur :
« Spectaculaire, étourdissant, insaisissable et qui reste à tout jamais l’emblème de ce mondial. »
Pelé faisait « presque » l’unanimité
Kylian Mbappé, la star française que beaucoup considèrent comme l’actuel meilleur footballeur du monde, a également présenté ses condoléances.
« Toujours admiré, jamais critiqué », souligne La Croix qui cite « quelques illustres successeurs » de Pelé : Johan Cruyff, Franz Beckenbauer, Cristiano Ronaldo, tous admiratifs.
Dans un article intitulé « L’icône du football, Pelé avait une relation spéciale avec l’Afrique du Sud », la journaliste du Daily News, Eshlin Vedan, se souvient de l’incident choquant des années 1960, lorsque la police de l’époque de l’apartheid a refusé d’autoriser Pelé à quitter l’aéroport de Johannesburg pour entrer dans la ville. Abasourdi par le traitement, Pelé a juré de ne pas retourner en Afrique du Sud jusqu’à ce que Nelson Mandela soit libéré de prison.
Après l’élection de Mandela en tant que premier président démocrate d’Afrique du Sud, les deux hommes se sont rencontrés et sont devenus de solides amis.
Mandela a dit du footballeur que le regarder jouer était comme regarder « le plaisir d’un enfant combiné à la grâce extraordinaire d’un homme au complet ».
A la mort de Mandela, le génie brésilien a déclaré qu’il était « mon ami et mon idole ».
« Il a été mon compagnon dans la lutte pour la cause populaire et pour la paix mondiale », a déclaré Pelé. « Continuons son œuvre. Il était l’une des personnes les plus influentes de ma vie. »
Pelé plus grand que Maradona chantent en chœur les journaux. Les deux joueurs « qu’à part une misère originelle, tout opposait », raconte Libération. « Quand Maradona fréquentait les réprouvés du monde, Pelé s’affichait avec Mastercard, Pepsi et les marques de montre de luxe », rappelle Libé, qui cite le génie brésilien parlant de l’Argentin : « Je ne le prendrais pas en voiture même si je le croisais un jour de pluie. » Maradona répondait : « Si je ne m’étais pas drogué, on ne parlerait même plus de Pelé. »
Des critiques vite oubliées dès que Pelé foulait les pelouses. Le Figaro cite un écrivain brésilien parlant du footballeur : « Lorsqu’il attrape le ballon et dribble un adversaire, il est comme un câlin. Il a un tel sentiment de supériorité qu’il ne fait pas de cérémonies. C’est un génie incontestable ! Pelé pourrait se tourner vers Michel-Ange, Homère ou Dante et les saluer avec une effusion intime : ’’Comment vas-tu, collègue ?" »
Pelé et le football africain, un mélange de respect et d’admiration
Le Brésilien, qui avait annoncé et espéré le sacre d’une équipe africaine en Coupe du monde, entretenait un mélange de respect et d’admiration pour le football africain.
« Et je ne pouvais manquer de féliciter le Maroc pour son incroyable Coupe du monde. C’est formidable de voir l’Afrique briller. » Le 18 décembre 2022, un ultime message était adressé sur le compte Instagram de Pelé, de son vivant. Au soir de la finale du Mondial 2022, l’icône y saluait notamment le parcours des Lions de l’Atlas, quatrièmes au Qatar.
En juillet dernier, c’est au Sénégalais Sadio Mané que le Brésilien rendait hommage, après son titre de Joueur africain de l’année : « [Il] a déjà conquis des fans du monde entier par son beau football. Et je suis l’un d’entre eux. »
Visites triomphales en Afrique
Durant sa carrière, la superstar a rencontré à plusieurs reprises des équipes africaines, en matches amicaux. Il y a cette série de trois parties du Brésil en Égypte face à la République arabe unie en 1960, durant laquelle il met un triplé à Alexandrie (victoire 3-1). Et il y a aussi cette venue triomphale en Algérie en 1965, avec un but à la clé lors d’un succès 3-0 face aux Fennecs, deux jours avant le renversement d’Ahmed Ben Bella.
S’il n’a jamais affronté d’équipe d’Afrique subsaharienne avec la Seleçao, Pelé s’est en revanche largement rattrapé grâce à Santos. En 1967, son club de toujours rend en effet visite à des sélections comme celles du Sénégal, du Gabon, du Congo-Brazzaville et de la Côte d’Ivoire. « Ce fut une expérience qui a changé non seulement ma vision du monde, mais aussi la façon dont le monde me percevait », assure l’intéressé dans Pelé : The Autobiography, ouvrage édité en 2006.
En 1969, il a joué également au Nigeria. La légende veut que la terrible guerre du Biafra, qui a entraîné la mort de plus d’un million de personnes entre 1967 et 1970, se soit interrompue 48 heures pour cette rencontre durant laquelle le « Roi » inscrit un doublé (2-2).
Le Brésilien Pelé lors d’une visite au Maroc.
De ces expériences, Pelé a tiré une admiration pour le continent. En 1976, lors d’un séjour au Maroc, il déclare par exemple : « Si je suis le roi du football, alors Benbarek en est le dieu. » Un divin compliment adressé à Larbi Benbarek, joueur marocain originaire de Casablanca et qui a porté le maillot de l’équipe de France entre 1938 et 1954.
Pelé voyait en grand l’avenir du ballon rond africain. À plusieurs reprises, il soutient qu’une nation africaine gagnera le Mondial. « Ce ne serait pas une surprise si la Coupe du monde 2006 était remportée par une équipe africaine », déclarait-il ainsi dans son autobiographie. Le roi du football, qui a légué son patronyme à des générations de joueurs, dont le Ghanéen Abédi Pelé, n’aura jamais eu l’immense plaisir de voir sa prophétie se réaliser.
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