L'Afrique que on veut

AFRIQUE : « La Mauvaise Gouvernance n’Est-Elle Pas Plus Fatale Que Ces Accords Qu’on Dénonce .

Paulo Hassane Coulibaly, panafricaniste, interpelle les dirigeants africains à relever le défi de la bonne gouvernance et à s’assumer en cessant de faire croire à leur peuple que se sont des occidentaux et autres voisins bouc-émissaires, qui sont à la base de la misère de leur pays.

La bonne gouvernance dans les pays africains reste un véritable serpent de mer, un vœu pieux. Des Etats naturellement nantis en ressources, mais des peuples parmi les plus pauvres de la planète, dans une extrême pauvreté. Il faut simplement assumer les responsabilités et éviter de perdre le temps dans des allégations populistes d’accords qui seraient à l’origine des misères que connaissent les pays africains. L’on est même tenté de souligner que certains de ces accords, autour desquels certains Africains tentent de faire feu de tout bois, essuient les effets pervers de la mal gouvernance, au même titre que les peuples !

Lorsque dans des pays en pleine crise terroriste, des chefs militaires, des ministres en charge de la défense et de la sécurité deviennent subitement les plus riches à crever les yeux, il faut simplement poser le doigt sur le mal. Quand dans des pays en crise, avec de nombreuses populations en détresse alimentaire, des ministres et autres responsables en charge de l’action humanitaire se frottent les mains et se constituent des fortunes, au-delà de ce dont ils pouvaient rêver, c’est laisser la proie pour poursuivre l’ombre que de mettre focus sur de quelconques accords. C’est en Afrique également qu’on trouve un agent public qui rivalise en richesses avec tout l’Etat, et sans même être inquiété.

La mauvaise gouvernance est à la base des crises que traversent de nombreux pays du continent. Quand des jeunes africains affrontent la mort avec les embarcations de fortune dans le seul but de se retrouver en Occident, ce n’est pas une question d’accords militaires, par exemple. C’est plutôt le manque de la bonne gouvernance, se traduisant entre autres par la corruption à ciel ouvert des dirigeants et des privilégiés des pouvoirs.

Plus de 60 ans après les indépendances, la quasi-totalité des Etats africains manquent même d’infrastructures sociales de base dignes de ce nom.

Lorsque des dirigeants se paient des véhicules de luxe, à hauteur de centaines de millions, des voyages mondains, s’échafaudent des châteaux à donner des tournis dans un environnement de misère généralisée de leurs propres concitoyens et font des thésaurisations avec les ressources publiques, on doit simplement avoir la décence et le courage de dénoncer et combattre le mal.

Derrière des dénonciations des accords, se cachent en générale la manipulation de certains dirigeants pour masquer leur mauvaise gouvernance, détourner l’attention des peuples et des populations des vraies réalités. Les Africains sont victimes à la fois de la malhonnêteté de leurs dirigeants et de la manipulation des ceux-ci contre certains partenaires qui, pourtant, sont les premiers au chevet des pauvres populations, lorsque surviennent des crises et autres catastrophes.

Les accords ne sont donc pas la cause de la mauvaise gouvernance et des malheurs des Etats africains, comme tentent de faire croire ces dirigeants en perte de vitesse, au dessein inavoué et une certaine élite mal informée ou de mauvaise foi.

L’on est même tenté de dire que, au regard de l’indécence qui entoure le comportement de certains gouvernants africains, la présence des partenaires, à travers les accords, limite les dégâts, de par certaines conditions qui sous-tendent ces conventions et l’œil des partenaires dans l’environnement national de mise en œuvre.

Entre fuite des bras valides, émeutes et coups d’Etat…, conséquences de cette mal gouvernance, les Etats africains ont encore du chemin pour se positionner sur la bonne dynamique de développement.

Avant de mener donc le combat contre ces accords, faisons le minimum ! Arrêtons de piller les ressources vitales de nos propres compatriotes ! Faisons en sorte que les hôpitaux publics africains ne soient pas uniquement pour les populations pauvres tandis que les dirigeants, eux, prennent les vols pour aller se soigner dans les pays dont ils diabolisent les politiques en Afrique.

Les politiques de bonne gouvernance sont prises à profusion, tant au plan national que par les institutions de coopération africaine et mondiale. Mais cela n’a pas suffi à mettre fin aux mauvaises pratiques aux sommets des Etats africains. Sous les auspices de l’Union africaine (UA), les dirigeants africains ont par exemple créé le Mécanisme africain d’Evaluation par les pairs (MAEP) en 2003, afin de suivre les performances des états membres en matière de gouvernance.

Instrument d’auto-évaluation, le MAEP a pour vocation de stimuler l’adoption de politiques, normes et pratiques favorisant la stabilité politique, la croissance économique, le développement durable, ainsi qu’à accélérer l’intégration régionale. Environ une vingtaine d’années après la création de l’initiative, les résultats se font toujours attendre.

« La bonne gouvernance est la solution aux problèmes du continent africain. Les défis en matière de paix et de sécurité traduisent surtout des problèmes de gouvernance, tels la gestion des élections. Même les problèmes liés au terrorisme, à la gestion de la diversité, au développement ont trait à la gouvernance. En Afrique, la bonne gouvernance facilite tout, sinon il y a des blocages. C’est la clé ! La gouvernance judicieuse permettra à l’Afrique d’être reine du siècle », a su résumer le directeur général du secrétariat du MAEP, Pr Eddy Maloka, dans une interview accordée en 2018 au journal Afrique Renouveau.

Réprimer les coups d’État ne suffira donc pas, quels que soient les textes nationaux et internationaux. Il faut impérativement s’attaquer aux lacunes en matière de gouvernance. La mauvaise gouvernance a un impact et coûte à tous les secteurs de la vie nationale. Il est vraiment grand temps que chaque pays africain fasse le bilan de sa gestion, de son ascension à l’indépendance à ce jour, avant de s’en prendre à des supposés accords qui entravent son développement.

Auteur: MANZI
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