Ces Imbonerakure sont aujourd’hui estimés entre 15 000 et 20 000 hommes. “Révérien Ndikuriyo en voudrait au moins 25 000”, explique une de nos sources burundaises. Au début du mois de mai dernier, lors d’un de ses meetings à Nyabiraba, dans la province de Bujumbura, le secrétaire général du parti a évoqué le nombre de 24 000 Imbonerakure qui doivent “suivre des cours de perfectionnement dans les prochains mois” pour être prêts pour l’échéance électorale de 2025.
Ces troupes, composées principalement de jeunes hommes peu instruits (“essentiellement analphabètes”, “qui n’ont pratiquement jamais suivi le moindre cursus scolaire”, insistent plusieurs sources), sont de plus en plus présentes dans le pays où elles sont chargées de missions de sécurité non officielles.
« Il n’est pas rare de les voir interpeller des quidams dans la rue. Ils mènent aussi des rondes de nuit dans certains quartiers. Officiellement, ils n’ont pas de statut, mais ils font régner la terreur en toute impunité », explique un Burundais.
Plusieurs témoignages, corroborés par le rapport de IDHB, font aussi état de leur intervention au côté de l’armée burundaise dans la chasse – non officielle, elle non plus – aux rebelles du groupe RED-Tabara dans le Sud-Kivu congolais.
« Le pouvoir n’a qu’une confiance restreinte dans l’armée. Les Imbonerakure sont souvent chargés de missions secondaires parce qu’ils manquent de formation. Mais ils permettent au régime de gonfler les effectifs sur le terrain et de disposer d’oreilles et d’yeux sur un front sans le moindre fondement légal », selon un habitant de Bujumbura.
Actuellement, on estime que 5 000 de ces hommes ont reçu une instruction minimale donnée par des militaires « sûrs » pour le régime et disposent de vraies armes. « Les autres doivent se contenter d’armes blanches, voire de bâtons. »
« Cet encadrement et cette formation des Imbonerakure ont commencé il y a quatre ou cinq ans », poursuit une de nos sources. « Pour quelques milliers de francs burundais, qu’ils ne perçoivent pas le plus souvent ; ils sont prêts à tout. Révérien Ndikuriyo et sa clique le savent et en profitent. »
L’armée qui est obligée de composer avec eux les voit d’un mauvais œil et « les gradés n’hésitent pas à les utiliser comme de la chair à canon. Des dizaines d’entre eux ont été tués au Sud-Kivu », explique une source qui confirme une fois encore le rapport de IDHB qui évoque aussi ces nombreux morts dans les rangs des Imbonerakure.
Des hommes qui se font tuer sur le front parce qu’ils sont incapables de comprendre les ordres qui leur sont donnés ou parce qu’ils se voient confier des missions dangereuses. Le pouvoir n’en a cure. Il est convaincu de disposer d’un large réservoir de main-d’œuvre docile qui doit lui permettre d’instiller la peur dans la société burundaise pour conserver son pouvoir.
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