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HAINE & SEGREGATION : Pourquoi une Telle Stigmatisation des Peuls au Sahel .

Au Burkina Faso, des appels à la haine envers la communauté peule se multiplient. Ce peuple nomade de plusieurs millions d’habitants subit discriminations et violences au Sahel. Qui sont les Peuls ? Pourquoi une telle stigmatisation dans de nombreux États africains ? Source : TV5

« Il faut contrecarrer ses bandits », « Il faut [les] éliminer ». Les messages qui circulent sur les réseaux sociaux au Burkina Faso à l’égard de la communauté peule sont d’une violence rare. Il est même fait allusion à un scénario inspiré du génocide au Rwanda.

Ces appels à la haine deviennent courants depuis que les actions djihadistes se multiplient au Burkina Faso et en l’Afrique de l’Ouest. Les communautés peules sont accusées de rejoindre les rangs des groupes terroristes. D’après un trombinoscope des djihadistes les plus recherchés actualisé par l’armée burkinabé en mai 2022, sur 136, au moins 120 sont d’origine peule. À la tête d’un des principaux groupes djihadistes au Sahel, on trouve la Katiba Macina.

Ce groupe qui compte plusieurs milliers d’hommes en armes est dirigé par Amadou Koufa. L’homme est prédicateur salafiste. Il est lui-même peul et se présente comme un protecteur du peuple nomade face aux autres communautés sahéliennes et face aux exactions de soldats des armées régulières maliennes ou burkinabé.

Qui sont les Peuls ?

Ils sont aussi appelés Fulbe, Halpular, Fulani ou Fellata, selon les pays. Les estimations varient entre 25 et 65 millions de personnes. ils sont présents dans une quinzaine de pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest. Ils sont en grande majorité éleveurs et vivent de leur activité pastorale.


Nomades contre sédentaires

L’assimilation entre Peuls et terroristes gagne donc les esprits et présenterait un véritable risque de « guerre civile » selon Alpha Barry, ancien ministre des Affaires étrangères du président Roch Marc Christian Kaboré, qui a alerté de la situation dans une récente tribune relayée par les médias burkinabé. Plus d’un million de Peuls vivent dans ce pays de 19 millions d’habitants. Les tensions avec la communauté peule n’ont cependant pas toujours été consécutives aux enjeux terroristes. L’accès aux ressources et à la terre ont été pendant des décennies sources de problèmes pour ce peuple nomade majoritairement pastorale.

Les conflits entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires n’ont jamais été véritablement réglés au niveau politique. Fahiraman Rodrigue Koné, socio-anthropologue et chercheur associé à l’African Security Sector Network (ASSN)

« Au Burkina, comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, il n’existe aucune loi sur le pastoralisme. Elles datent souvent de l’époque coloniale. Il n’y a donc aucune répartition claire des terres entre les Peuls et les agriculteurs. » soulève Seidik Abba, journaliste spécialiste du Sahel et auteur de Mali-Sahel, notre Afghanistan à nous. Cette absence de législation a longtemps été source de violences entre nomades et sédentaires. Le 23 février dernier, dans le centre du Mali, la communauté Dogon, qui pratique l’agriculture, a été à l’origine d’une attaque envers les Peuls. Celle-ci a fait au moins 130 morts.

« Les conflits entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires n’ont jamais été véritablement réglés au niveau politique. explique Fahiraman Rodrigue Koné, socio-anthropologue et chercheur associé à l’African Security Sector Network (ASSN).


La haine fabrique ses hommes propres

Nomades contre sédentaires

L’assimilation entre Peuls et terroristes gagne donc les esprits et présenterait un véritable risque de « guerre civile » selon Alpha Barry, ancien ministre des Affaires étrangères du président Roch Marc Christian Kaboré, qui a alerté de la situation dans une récente tribune relayée par les médias burkinabé. Plus d’un million de Peuls vivent dans ce pays de 19 millions d’habitants. Les tensions avec la communauté peule n’ont cependant pas toujours été consécutives aux enjeux terroristes. L’accès aux ressources et à la terre ont été pendant des décennies sources de problèmes pour ce peuple nomade majoritairement pastorale.

Les conflits entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires n’ont jamais été véritablement réglés au niveau politique. Fahiraman Rodrigue Koné, socio-anthropologue et chercheur associé à l’African Security Sector Network (ASSN)

« Au Burkina, comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, il n’existe aucune loi sur le pastoralisme. Elles datent souvent de l’époque coloniale. Il n’y a donc aucune répartition claire des terres entre les Peuls et les agriculteurs. » soulève Seidik Abba, journaliste spécialiste du Sahel et auteur de Mali-Sahel, notre Afghanistan à nous. Cette absence de législation a longtemps été source de violences entre nomades et sédentaires. Le 23 février dernier, dans le centre du Mali, la communauté Dogon, qui pratique l’agriculture, a été à l’origine d’une attaque envers les Peuls. Celle-ci a fait au moins 130 morts.

« Les conflits entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires n’ont jamais été véritablement réglés au niveau politique. explique Fahiraman Rodrigue Koné, socio-anthropologue et chercheur associé à l’African Security Sector Network (ASSN).
Au contraire, certaines politiques pro-agricoles sont mêmes venus mettre à mal la régulation du pastoralisme. Ces politiques ont limité les espaces de transhumance et ont entrainé de nombreux conflits entre les populations. Cela a aboutit à une marginalisation de la communauté peule sur laquelle le djihadisme a capitalisé. »

La population des Peuls varie entre 25 et 65 millions d’habitants selon différentes estimations.

Au Burkina Faso, ce sentiment d’abandon par les pouvoirs publics est aussi cristallisé par la réponse de l’État face à la montée du terrorisme. Les Volontaires de défense pour la patrie (VDP), supplétifs civils dont la mission est de lutter contre les groupes djihadistes, ont été plusieurs fois accusés de graves bavures et d’exécutions de civils notamment peuls.

L’action militaire de l’État exacerberait un désir de vengeance d’une communauté qui subit des exactions de l’armée, mais aussi des djihadistes. « Il faut voir le nombre de victimes peules dans les violences djihadistes pour se convaincre que cette communauté paie le plus lourd tribut : les Peuls comptent le plus grand nombre de morts tués lors des attaques, et enregistrent le plus grand nombre de déplacés internes », soulève Lassina Ouédraogo, analyste politique burkinabè.

Une fois lancée, la machine à amalgame est difficilement arrêtable, décuplé par la rapidité de propagation que permet les réseaux sociaux. « La figure de l’ennemi est déjà construite » déplore Fahiraman Rodrigue Koné. À mesure que l’insécurité gagne du terrain, les effets de cette stigmatisation s’observent déjà dans d’autres régions où les communautés peules sont présentes. À Moura, localité du centre du Mali, 300 civils à majorité peul ont été exécutés par l’armée malienne en avril dernier selon un rapport de Human Rights Watch.

« Ce risque peut aussi aller croissant vers les pays côtiers, au nord de la Côte d’Ivoire, au Togo et aussi au Bénin où des mesures ont été prises pour limitées des transhumances. » affirme chercheur à l’ASSN.

La raréfaction des ressources, accompagné d’une faiblesse des États, est venu aggraver les conflits entre éleveurs et sédentaires.Seidik Abba, journaliste spécialiste du Sahel.


Le réchauffement climatique est un autre facteur

Elle est une autre réalité qui dépasse les frontières et qui amène à complexifier les accès aux ressources naturelles. Le réchauffement climatique accélère au fil des années la désertification des zones arides, et raréfie les terres fertiles.

« Les Peuls ont besoin d’accéder aux puits, d’avoir accès à l’eau pour leurs animaux, de faire paitre leurs animaux. La raréfaction des ressources, accompagnée d’une faiblesse des États, est venue aggraver les conflits entre éleveurs et sédentaires. Tout cela vient se greffer au contexte d’insécurité avec la question du djihadisme. » analyse Seidik Abba, journaliste spécialiste du Sahel.

Au sein des Peuls, l’élevage est une activité ancestrale que l’on se transmet de génération en génération. « Sans élevage, les jeunes peuls sont à la merci de toute activité pouvant leur rapporter de l’argent. Donc quand on leur propose 5000 francs CFA pour participer à des actions terroristes, ils finissent quand même par accepter. » déplore Seidik Abba.

Au Burkina Faso, la menace de violences envers les Peuls inquiète jusqu’au gouvernement. Les autorités ont condamné avec fermeté les appels au meurtre lancés sur les réseaux sociaux. Dans sa tribune, Alpha Barry a appelé les politiques et religieux, à « aller sur le terrain, rencontrer les populations, mener des actions fortes pour prôner la cohésion et le vivre-ensemble qui sont le ciment de notre nation ».

Auteur: MANZI
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