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RDC : Félix Tshisekedi peut-il compter sur l’UDPS ?

Lutte des clans, manque de leadership… Désormais aux affaires, l’ex-grand parti d’opposition peine à faire sa mue. Sera-t-il un véritable atout pour obtenir un second mandat dans un an ? Par Anna Sylvestre-Treiner, JA

Porté à la tête de l’État à la suite d’une alliance avec Joseph Kabila, Félix Tshisekedi ne dispose pas de majorité au Parlement.

Ce 21 novembre, la nuit est déjà tombée depuis plusieurs heures sur Kinshasa lorsque Victor Wakwenda pousse la porte de l’une des cellules du pavillon 8 de Makala. Le vieil homme est fatigué. Quelques heures plus tôt, il a été arrêté, interrogé et vient d’être amené au centre de détention. Il a derrière lui des années de combat politique et ne compte plus les manifestations tendues auxquelles il a participé, mais c’est la première fois qu’il est ainsi jeté en prison. « Seigneur Jésus, qu’ai-je fait pour mériter cela ? », répète-t-il sans cesse.

Militants émérites

Ce notable de 79 ans se récite des versets bibliques presque compulsivement – cela le rassure au vu de la situation dans laquelle il est empêtré. Le procureur lui a expliqué qu’on l’accusait d’avoir tenté de renverser le pouvoir. « Moi ? Mais Seigneur Jésus… » Le 8, on dit que c’est le pavillon des VIP, mais même ici, l’établissement reste précaire et surpeuplé. Il y fait beaucoup trop chaud et le brouhaha incessant monte à la tête. Victor Wakwenda vient d’accomplir les formalités administratives et va tenter de trouver un matelas pour aller se reposer.

Il s’avance, lorsqu’il aperçoit un homme qu’il connait bien. Visage rond, crâne dégarni, Jean-Marc Kabund-a-Kabund a désormais ses habitudes ici. Au fond de la pièce, il joue aux dames. Wakwenda et lui n’échangent pas un mot, pas même un regard. Il y a un an, les deux hommes étaient pourtant alliés et comptaient parmi les dirigeants du parti de Félix Tshisekedi, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Kabund en était le président intérimaire tandis que Wakwenda dirigeait la Convention démocratique du parti (CDP), sorte de Parlement interne. Chacun d’entre eux était une figure de l’UDPS, militant émérite depuis des décennies.

Mais il n’est plus question qu’ils se parlent. À la fin de janvier 2022, Wakwenda a été la main qui a signé la destitution et l’exclusion de Kabund, actant la chute spectaculaire de cet homme qui fut si influent auprès du chef de l’État congolais qu’il était surnommé le « vice-président ». Puissant, trop sans doute, il en était devenu agaçant et gênant. Après être passé à l’opposition, il a été inculpé pour outrage au gouvernement et au Parlement et offense au chef de l’État. Le voici depuis cinq mois à Makala.

Coup de poker

C’est maintenant au tour de Wakwenda de « tomber ». En novembre, il a tenté un coup de poker, annonçant la destitution du secrétaire général du parti, Augustin Kabuya. « Les statuts de l’UDPS prévoient que celui-ci soit dirigé par un triumvirat, composé en l’occurrence de Kabuya, Jacquemain Shabani [président de la Commission électorale permanente, CEP, par ailleurs conseiller principal du chef de l’État] et moi-même. Mais Kabuya se comporte comme s’il était le chef. Il dirige seul, alors qu’il n’en n’a ni le droit, ni les compétences, ni les qualités. Nous avons donc décidé de le destituer », explique Victor Wakwenda, qui dénonce la gestion opaque du secrétaire général.

La sanction ne s’est pas fait attendre. Quelques jours plus tard, Kabuya avertissait à son tour de la destitution du président de la CDP, qui n’allait ensuite pas tarder à avoir des ennuis avec la justice. « [Wakwenda] a un problème de santé mentale ou quoi ?! », lançait alors Kabuya devant des militants, affirmant quelques jours plus tard que sa propre destitution était « une vaste blague […] qui avait pour but de déstabiliser le parti ».

À l’UDPS, les combats internes peuvent en effet avoir de quoi rendre fou. Alors qu’aucun des deux hommes ne reconnait la légitimité de la décision de l’autre et qu’il est encore difficile de connaître les conséquences de ces déclarations, ces passes d’armes révèlent les luttes des clans à l’œuvre au sein du parti de Félix Tshisekedi. « Tout cela n’est qu’une guerre pour le contrôle du parti », souligne un ancien compagnon de route d’Étienne Tshisekedi.

ILS PENSAIENT QU’UNE FOIS QU’UN DES NÔTRES SERAIT AU POUVOIR, TOUT CHANGERAIT POUR EUX, MAIS CE N’EST PAS AINSI QUE CELA SE PASSE

Après avoir grandi en étant la principale formation d’opposition, l’UDPS, tout juste quadragénaire, peine à devenir un parti de gouvernement. Elle qui s’est construite en revendiquant un fonctionnement démocratique et pluraliste semble garder sa fougue, ses contradictions et ne pas savoir toujours comment canaliser ses « combattants » et les faire passer à l’âge de raison. À la fin de novembre encore, certains d’entre eux manifestaient violemment à la 10e rue Limete pour faire valoir leur mécontentement. « Ils pensaient qu’une fois qu’un des nôtres serait au pouvoir, tout changerait pour eux, mais ce n’est pas ainsi que cela se passe », soupire un cadre.

Influente Maman Marthe

« L’UDPS a été fondée en 1982 par treize parlementaires qui ont décidé de ne pas choisir un chef parmi eux. Le but était de dissoudre les responsabilités pour éviter que Mobutu ne puisse s’en prendre qu’à l’un d’entre eux », explique un ancien du parti, aujourd’hui passé à l’opposition. Et d’ajouter : « Cela offrait des avantages, mais a aussi créé une faiblesse et des tensions pour obtenir le réel leadership et le pouvoir. Elles n’ont jamais vraiment disparu. » L’un des dirigeants de l’UDPS réclamant l’anonymat décrypte : « Entre Kabuya et Wakwenda se joue un face-à-face entre le clan familial conduit par “Maman Marthe”, et les autres. »

Souvent dans l’ombre, Marthe Kasalu Tshisekedi, a la parole rare mais dispose d’une influence immense. La mère du chef de l’État est devenue si incontournable que certains estiment qu’elle a fait de la rue Pétunias, où se trouve sa résidence à Limete, le véritable siège de l’UDPS. « Dès qu’Étienne Tshisekedi a été malade, elle a pris de l’importance et a tenté d’imposer son fils à la tête du parti. À la mort du Sphinx, elle a pris le pouvoir », estime Albert Moleka, l’ancien directeur de cabinet d’Étienne Tshisekedi, qui a rompu avec la famille. « Augustin Kabuya est depuis longtemps l’un de ses proches. »

« Kabuya est un pantin obéissant », s’agace un membre de l’entourage de Kabund-a-Kabund, dont celui-ci fut longtemps considéré comme le bras droit. « J’ai contribué à ce qu’il prenne du galon au sein de l’UDPS, c’est un militant dévoué. Mais c’est un exécutant, pas un chef », estime de son côté Victor Wakwenda qui, comme beaucoup au sein du parti, s’inquiète qu’aucune figure ne se soit véritablement imposée depuis la mort d’Étienne Tshisekedi.

Le challenge de la prochaine présidentielle

Bien que contesté, Augustin Kabuya est aujourd’hui de fait l’homme fort du parti présidentiel. Il a la confiance de Maman Marthe, « se prévaut d’avoir l’oreille du président et tient les finances de l’UDPS », résume l’un des hauts cadres du parti. C’est lui qui est chargé de conduire le parti vers la prochaine élection présidentielle et d’assurer la réélection de Félix Tshisekedi.

« Ces six derniers mois, beaucoup de choses ont été faites pour que l’UDPS avance dans la bonne direction et que la cohésion soit retrouvée. Nous avons conscience de nos failles et nous sommes en train de les combler, nous savons quels sont nos défis et mettons tout en œuvre pour les relever », assure Jacquemain Shabani, qui réfute l’existence de clans. « L’UDPS se porte bien, même si elle peut encore se porter mieux. »

Forte mobilisation des militants, expérience… Au sein de la direction du parti, on reste humbles mais confiants. « En l’état actuel des forces, Félix est le favori de la présidentielle de décembre prochain. Mais cette élection reste un challenge, et nous le savons », poursuit Shabani. Si les principaux opposants partent en ordre dispersé et que Félix Tshisekedi parvient à conserver son alliance avec Vital Kamerhe et Jean-Pierre Bemba, l’UDPS veut croire qu’elle parviendra à octroyer son second mandat à « Béton ».

Difficile majorité

L’équation s’annonce beaucoup plus complexe pour les législatives, qui se dérouleront au même moment. Porté à la tête de l’État à la suite d’une alliance avec Joseph Kabila, Félix Tshisekedi ne dispose pas de majorité au Parlement. L’UDPS ne compte même que 32 députés sur les 500 qui siègent à l’Assemblée nationale et n’a d’autre choix que de s’appuyer sur ses alliés pour faire voter ses textes – le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila durant deux ans, puis les partis membres de l’Union sacrée depuis 2021.

« Nous ne voulons pas que le second mandat ressemble au premier. Notre objectif est d’être le parti avec le plus de députés dans la future assemblée », explique Jacquemain Shabani. Selon plusieurs sources, l’état-major de l’UDPS s’est fixé pour but de tripler son résultat de 2018, soit d’obtenir une centaine de sièges pour les cinq prochaines années.

IL Y A QUELQUE CHOSE QUE BEAUCOUP OUBLIENT : DEPUIS 2018, L’UDPS A SON CHEF AU POUVOIR, MAIS LE PARTI N’A PAS LE POUVOIR

« L’UDPS est en voie de décomposition avancée, cingle l’un des frondeurs. Depuis la mort d’Étienne Tshisekedi en 2017, elle ne fait que se déliter et est de plus en plus faible. Il y a eu la vague de départ à cette époque-là, avec Bruno Tshibala [alors Premier ministre] puis Samy Badibanga [premier vice-président du Sénat à ce moment]. Et aujourd’hui, beaucoup ne sont là que pour l’argent. Nous, nous sommes des résistants, mais la réalité est que le parti est disloqué », abonde Victor Wakwenda.

Des propos rejetés en bloc par la direction de l’UDPS, qui rappelle, que contrairement à la plupart des partis congolais, la formation a survécu à la disparition de son chef. « Vous nous jugerez après les élections ! » insiste un cadre du parti. Et de conclure : « Beaucoup oublient que si depuis 2018

Auteur: MANZI
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