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RDC : Mbonigaba Evoque la Faillite de l’Intelligentsia à Transformer la RDC en Eldorado .

Dans une réflexion riche et productive lors du colloque, l’essayiste Modeste Mbonigaba livre les raisons profondes de la faillite de l’intelligentsia congolaise face au redressement de la nation. Par Martin Enyimo

Essayiste et président honoraire de l’Association des Anciens de Lovanium et des Amis du Mont-Amba (Alma), Modeste Mbonigaba a fait partie d’imminents intervenants au premier colloque organisé du 20 juillet au 21 juillet à l’amphithéâtre de la paroisse Notre-dame-de-Fatima, dans la commune de Gombe à Kinshasa, sur le thème central : « De la faillite à transformer la RDC en eldorado africain » par l’ASBL Rassemblement des acteurs de la renaissance du Congo (Rarec).

Aussi propose-t-il justement une vision globale des enjeux, des défis à relever et des stratégies requises pour transformer la République démocratique du Congo en eldorado africain, selon le thème central de ce premier colloque.

Dans l’introduction de son document de neuf pages, ce penseur et essayiste rappelle qu’à l’accession du pays à l’Indépendance en 1960, le Congo-Kinshasa avait le même niveau de développement que l’Afrique du Sud, le Canada ou la Corée du Sud. Mais plus de six décennies plus tard, le produit intérieur brut du Congo-Kinshasa, de 50 milliards USD, s’avère 30 fois inférieur à celui de la Corée du Sud, par exemple, évalué à 1.500 milliards USD.

Que s’est-il passé ? Et Mbonigaba de livrer cette hypothèse : « La faillite de l’intelligentsia congolaise face au redressement de la Nation serait due au fait que l’efficacité managériale de l’encadrement autochtone, qui avait pris la relève de l’encadrement colonial, n’aurait pas été à la hauteur des enjeux et des attentes ».

Dans le premier point de sa communication intitulé « Scénario d’une fausse passation de pouvoirs ou le chainon manquant », Modeste Mbonigaba postule que tout a été fait afin que les Congolais ne puissent pas se focaliser l’émergence d’une véritable citoyenneté congolaise leur permettant d’intérioriser enfin leur véritable statut de propriétaires du Congo.

Au deuxième point, il fait un constat : « Tous les défis majeurs ne sont pas relevés ». Et le premier paragraphe est édifiant à juste titre. L’essayiste note que les défis auxquels fait face le nouveau Congo indépendant en 1960 sont très loin au-dessus des capacités managériales de ses dirigeants successifs, surtout le défi majeur de la construction d’un véritable Etat.

« … en plus de six décennies de pseudo indépendance, nous nous sommes contentés d’un pseudo Etat, un semblant d’Etat, un Quasi-Etat, bref, en réalité un non-Etat », lâche-t-il sans avoir sa langue dans la poche.

Le troisième point de cette réflexion s’intéresse à la « prise de possession par l’urne ». En clair, Mbonigaba argue qu’au « droit de vote » de tout citoyen, on doit accoler « le devoir de bien élire ». Il dit en substance : la « folklorisation » du vote a tué la démocratisation véritable de l’Afrique en réduisant cette dernière à une simple procédure.

Il épilogue sa réflexion en soulignant qu’un autre Congo aux couleurs et aux ambitions de Frantz Fanon, Kwame N’Krumah ou Cheick Anta Diop est possible, à condition que la piètre notion de
« chance eloko pamba » soit totalement bannie.

D’autres intervenants

D’autres éminents intervenants ont discouru sur d’autres sujets en rapport au thème général de ce premier colloque du Rarec-ASBL, sous la modération de Me Kalala Marie-Madeleine, ancienne ministre des Droits humains et avocate au Barreau de Kinshasa/Gombe.

Ministre honoraire de l’Enseignement supérieur et universitaire et de la Recherche scientifique et actuellement Recteur de l’Institut facultaire de l’information et de la communication (Ifasic), le Pr Jean Richard Kambayi Bwatshia a parlé de « La fierté d’être Congolais face à la problématique de la congolité : un nouveau paradigme pour transformer la RDC en eldorado africain ». Il a attiré l’attention sur l’importante nuance à établir entre l’indépendance et la liberté.

Recteur de l’Université catholique de Kinshasa, le professeur et abbé Léonard Santedi Kinkupu s’est appesanti sur « les défis que l’Eglise catholique rencontre dans l’accomplissement de sa mission d’éveil des consciences, de formation des masses et de moralisation de l’intelligentsia congolaise pour contribuer à transformer la RDC en eldorado africain : état des lieux et perspectives ». Il a souligné que l’éducation est un laboratoire d’humanisation.

Professeur à l’Université de Kinshasa, Louis Efoto Eale, accompagné de chef des travaux Richard Mundele Mambundu ont cherché des réponses aux questions « Congolité : chimère ou vecteur de développement durable pour le Congo ? Quid de notre rôle en tant que membres d’une intelligentsia congolaise responsable ? »

La communication du Pr Alphonse Kasongo de l’Université de Hampton en Virginie aux Etats-Unis d’Amérique et à l’Université de Kinshasa a eu pour sujet : « De la désirabilité d’institutionnaliser deux catégories de citoyens inégaux dans notre pays, (d’une part, les Congolais de père et de mère ; de l’autre part, tous les autres Congolais : considérations sociologiques et politiques ». Il a commenté l’article 10 de la Constitution, tout en signalant la distinction entre la nationalité et la citoyenneté.

Et il a été demandé au professeur Bertin Makolo Muswaswa, recteur honoraire de l’Université de Kinshasa d’opiner sur le sous-thème : « Provincialisme, clan, tribu, race et allégeance politicienne et leurs pesanteurs sur l’émergence d’une véritable citoyenneté congolaise ».

Bien avant, le Pr Mpoy Kamulayi Lumbala Tshiamanyangala de l’Université de Kinshasa, fondateur du Rarec-ASBL a expliqué les objectifs et la méthodologie du colloque, dont les travaux préparatoires ont été conduits avec rigueur sous la direction du patriarche Jonas Mukamba Kadiata Nzemba, président d’honneur de Rarec-l’ASBL.

Auteur: MANZI
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