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RDC OPPOSITION : Marie-Ange Mushobekwa : « Nous n’irons pas aux élections sans la refondation du .

Interview de l’ancienne ministre des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa, membre du bureau politique du Front commun pour le Congo, le FCC, la coalition politique dirigée par Joseph Kabila, et députée. De passage à Paris, elle est au micro de Christophe Boisbouvier.

Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre RD Congolaise des Droits humains. UN Photo/Jean-Marc Ferré

Au Congo-Kinshasa, tout le monde s’interroge sur le positionnement de l’ancien président Joseph Kabila avant les élections de décembre prochain. Sera-t-il du côté de l’opposition ou restera t-il à l’écart du jeu politique ? L’ancienne ministre des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa, est membre du bureau politique du Front commun pour le Congo, le FCC, la coalition politique dirigée par Joseph Kabila, et députée. De passage à Paris, elle clarifie la position de l’ancien chef de l’État congolais au micro de Christophe Boisbouvier.

RFI : Après la présidentielle de décembre 2018, il y a eu, en janvier 2019, un partage du pouvoir entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, la présidence pour le premier, le Parlement pour le second. Mais depuis deux ans, c’est fini, Joseph Kabila n’a plus rien. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir été roulés dans la farine ?

Marie-Ange Mushobekwa : Écoutez, après l’investiture du président Félix Tshisekedi, ce dernier avait convenu avec son prédécesseur de mettre en place une coalition politique, étant donné que c’est le FCC qui avait gagné la majorité au Parlement. La suite est connue : en novembre 2020, il y a eu un coup d’État institutionnel. Nulle part dans les textes légaux, il n’est prévu que la majorité soit modifiée en cours de législature. Cela a été fait, ça s’appelle clairement un coup d’État institutionnel.

On a arraché la majorité parlementaire au FCC, au président Kabila. L’Union sacrée a été mise en place dans le but d’améliorer la gouvernance du pays. Mais deux ans et demi plus tard, vous avez constaté, d’abord, la régression de la démocratie, des libertés individuelles. Non seulement les opposants sont traqués, menacés, d’autres sont mis injustement en prison.

Le Parlement est devenu la caisse de résonance du gouvernement. Les députés et sénateurs sont muselés, bâillonnés, n’ont plus le droit de s’exprimer. Les défenseurs des droits de l’Homme, s’ils ne sont pas tabassés, sont emmenés en prison. La corruption est devenue institutionnalisée. Tous ceux qui ont commis des crimes financiers vont se blanchir au sein de l’Union sacrée et ne sont pas poursuivis. Donc, ce coup d’État institutionnel n’a servi qu’à l’instauration d’une dictature qui ne dit pas son nom.

Alors est-ce que c’est en représailles de ce que vous appelez ce « coup d’État institutionnel » d’il y a deux ans que vous allez boycotter les prochaines élections ?

Non, pour nous, nous demandons que ceux qui siègent à la Céni [Commission électorale nationale indépendante, NDLR] au nom de l’opposition soient retirés, et que le FCC désigne ses vrais mandataires à la Céni. Nous demandons également que la Cour constitutionnelle soit un peu plus équilibrée, afin de garantir la transparence des élections. Nous demandons la refondation, carrément, du fichier de la Céni. Est-ce que monsieur Kadima [président de la Céni, NDLR] pense aux conséquences politiques et sociales des actes qu’il pose ?

Alors, si toutes vos demandes ne sont pas satisfaites, est-ce que vous irez quand même aux élections, ou pas ?

La logique veut qu’on n’y aille pas. On n’ira pas aux élections si toutes ces demandes ne sont pas satisfaites.

Et du coup, si vous n’y allez pas, est-ce que vous allez appeler vos partisans à voter pour un autre candidat à la présidentielle ?

Nous ne sommes pas concernés par ce processus électoral. Et toutes nos revendications ne sont pas insolubles. Nous savons que c’est une question de volonté politique, et nous ne sommes pas les seuls. Vous avez suivi dernièrement, à Lubumbashi, d’autres leaders politiques de l’opposition ont rejoint les revendications du FCC. Ça veut dire que nous ne sommes pas dans l’erreur.

Donc vous ne rallierez pas non plus l’opposition qui s’est exprimée à Lubumbashi le mois dernier ?

Parce que le processus sera totalement corrompu et que rien n’aura changé.

Mais vous dénoncez le pouvoir actuel, et vous dites que vous n’irez pas voter pour un candidat de l’opposition en décembre prochain. Est-ce que ce n’est pas contradictoire ?

Je ne suis pas sûre que les autres leaders de l’opposition vont participer à ce processus totalement corrompu tant que les règles du jeu ne vont pas changer.

Si vous n’y allez pas, et si certains candidats de l’opposition y vont, pourquoi ne voteriez-vous pas pour l’un d’entre eux ?

J’aurais entériné un processus totalement corrompu.

Il y a eu cette accolade, l’année dernière, entre Joseph Kabila et Moïse Katumbi à Lubumbashi. Est-ce que les deux personnalités pourraient se rapprocher politiquement ?

Écoutez, le président Kabila avait répondu à l’invitation de l’archevêque de Lubumbashi, qui avait demandé aux principaux leaders katangais de se réconcilier à cette occasion. Le président Joseph Kabila et Moïse Katumbi s’étaient réconciliés sur le plan humain. Politiquement, il ne faut jamais dire jamais, mais à ce stade, le FCC n’a conclu aucune alliance avec un quelconque regroupement politique. Quoique, nous maintenons les mêmes revendications que les autres leaders de l’opposition par rapport à la Céni.

La proposition de loi sur la congolité, qui vise à empêcher Moïse Katumbi d’être candidat, vous en pensez quoi ?

Pour nous, FCC, c’est une loi anticonstitutionnelle, qui cherche simplement à diviser les Congolais. Cette loi va davantage menacer la paix en République démocratique du Congo. En bref, nous, FCC, nous sommes contre cette loi. Et si l’Union sacrée veut s’imposer pour faire passer cette loi, le FCC va lui barrer la route. Évidemment, dans la limite de ce qui est humainement possible, parce que le Parlement est devenu la caisse de résonance du gouvernement.

Auteur: MANZI
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