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RDC : Proces de Vital Kamerhe : « le grand perdant de ce jeu politique est la lutte contre la .

L’étau est-il en train de se desserrer autour de Vital Kamerhe, l’ancien directeur de cabinet du président congolais Félix Tshisekedi ? La Cour de cassation de la RDC a en tout cas annulé ce lundi 11 avril l’arrêt de la cour d’appel sur la peine de 13 ans de prison à laquelle il avait été condamné.

Une peine pour détournement de fonds publics. L’affaire est renvoyée devant de nouveaux juges. Après la disgrâce, Kamerhe peut-il revenir sur le devant de la scène ? Quels calculs politiques peut-on déceler derrière l’évolution de cette situation judiciaire ? Fred Bauma, chercheur à Ebuteli, institut de recherche sur la politique, la violence et la gouvernance en RDC, répond aux questions de Laurent Correau.

RFI : Est-ce que la décision de la Cour de cassation de RDC réintroduit Vital Kamerhe dans le jeu politique ou est-ce qu’il est trop tôt pour le dire ?

Fred Bauma : Cette décision n’est pas la décision finale. Ça annule sa condamnation en appel, mais ça n’annule pas sa première condamnation. Donc, il faut attendre le procès en appel pour savoir finalement ce qu’il en sera. Mais ce qui est clair, c’est que c’est une décision qui rouvre le jeu et rend crédible l’hypothèse de son retour sur scène.

Tout le monde a l’élection présidentielle de 2023 en tête. Est-ce que ces derniers développements judiciaires peuvent permettre de réconcilier le président Félix Tshisekedi et son ancien directeur de cabinet en prévision de cette échéance politique ?

D’abord, cette décision n’est pas vraiment surprenante. Lorsqu’on suit la politique congolaise et qu’on suit les discussions de salon, c’était plus ou moins attendu qu’à un moment donné, il y ait une relaxe dans l’affaire Vital Kamerhe. Du côté de l’UDPS [Union pour la démocratie et le progrès social], le parti au pouvoir de Félix Tshisekedi, cela a tout à voir avec les élections prochaines et la redistribution des cartes. D’abord, l’UDPS a fait campagne à l’est de la RDC en promettant de rétablir la sécurité à l’Est. Trois ans plus tard, il est clair que la sécurité n’a pas été rétablie. Elle s’est plutôt détériorée. Le gouvernement essaie aussi de mettre en place d’autres projets, notamment le projet des 145 territoires, pour rattraper le manque de résultats actuels. Dans ce cadre-là, rassurer l’électorat de l’Est devient un enjeu important et Vital Kamerhe est vu sur ce point-là comme une personne qui peut parler avec cet électorat.

Vous l’évoquiez à l’instant, Vital Kamerhe est une figure politique importante de l’est de la RDC. Est-ce qu’un retour possible de Vital Kamerhe dans le jeu politique modifierait les rapports de force dans l’est du pays justement ? Est-ce qu’on peut imaginer que le pouvoir espère affaiblir les oppositions qui cherchent elles aussi à s’implanter dans l’Est, les camps de Moïse Katumbi par exemple ou de Joseph Kabila ?

Je pense que c’est cela la logique derrière cette démarche. S’il ne rentre que pour faire campagne pour Félix Tshisekedi, évidemment ce sera une façon de diviser son opposition. Ce n’est pas certain, par contre, que cela puisse marcher. Vital Kamerhe pourrait lui-même devenir candidat. Donc, c’est un moment important de redistribution des cartes, mais il est trop tôt pour dire à quoi ça ressemblera à la fin.

Est-il possible, selon vous, qu’il y ait un accord qui a été conclu entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ?

Ce serait spéculer de dire qu’il y a eu un accord. Ce qui est sûr par contre, c’est qu’il y a eu beaucoup de discussions depuis bien longtemps entre l’entourage de Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi. L’autorisation de Vital Kamerhe de quitter le pays pour aller se faire soigner n’est pas forcément basée simplement sur le fait qu’il est malade et qu’il a besoin de soins de santé. C’était déjà un premier signal dans le sens de l’apaisement.

Est-ce qu’une réhabilitation politique de Vital Kamerhe ne risque pas de desservir finalement Félix Tshisekedi, plus que de le servir, compte-tenu du fait que la lutte contre la corruption est l’un des piliers de son discours politique ?

Le grand perdant de tous ces jeux politiques, à travers la justice notamment, c’est la lutte contre la corruption. Le procès de Vital Kamerhe, c’était le procès emblématique du combat pour la lutte contre la corruption qui est une des promesses phares de Félix Tshisekedi. Cette étape sur Vital Kamerhe met un peu en doute ces discours-là. Et on l’a vu par exemple, nous au sein d’Ebuteli [Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence] et du Groupe d’étude sur le Congo dans le dernier sondage que nous avons mené, il y a de plus en plus de gens qui ne croient pas à l’honnêteté de ces discours sur la lutte contre la corruption. Surtout qu’en dehors de Vital Kamerhe, il y a plusieurs autres personnes qui ont été condamnées pour corruption et qui ont été relaxées soit par grâce présidentielle soit dans le cadre de mesures de libération provisoire. Mais ça vide un peu le discours sur la lutte contre la corruption.

Par Laurent Correau

Auteur: MANZI
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