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RDC-RWANDA : Avant que tout ne bascule…

Si la montée des tensions entre les deux pays a de quoi inquiéter légitimement aussi bien les Nations unies que l’Union africaine, créer les conditions d’une remise à plat des relations entre les deux voisins reste envisageable. Par Yann Gwet

En RDC, la rébellion du M23 menace toujours. © Beatrice PETIT/REPORTERS-REA.

Kigali et Kinshasa sont de nouveau à couteaux tirés. Cette fois, c’est au sujet du M23. Les accusations abondent, les discours se radicalisent. Tout peut basculer à n’importe quel moment, même si pas grand monde n’y a vraiment intérêt. Les deux pays semblent surtout englués dans un engrenage de crises qui se succèdent irrémédiablement depuis plusieurs décennies. De telle sorte que la seule certitude, au terme d’une crise, est que la suivante est au coin de la rue.

D’une certaine manière donc, le véritable enjeu est moins celui, ponctuel, du M23 que celui, structurel, des sources de ce malaise latent, diffus, qui alimente ces crises répétées et qu’il faut identifier.

Désir de revanche congolais

Pour cela, il faut peut-être partir de la réalité suivante  : la politique est fondamentalement affaire d’émotions, de sentiments, de ressentiments… Ceux-ci sont, en effet, à la base des plus grands bouleversements de l’histoire. Le sentiment de revanche, par exemple. Le jour où, recevant la nouvelle de l’exécution de son frère, Alexandre Oulianov – coupable de tentative d’assassinat sur le tsar Alexandre III –, Vladimir s’écria  : «  Je les ferai payer pour cela  ! Je le jure  !  », marque le début de la fin du tsarisme. Vladimir Oulianov entra plus tard dans l’histoire sous le nom de Lénine.

Sans l’humiliation infligée aux Allemands par le traité de Versailles, Hitler ne serait probablement jamais entré dans l’histoire, ce qui aurait permis d’éviter la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale.

Il est de bonne politique de prendre au sérieux le sentiment d’humiliation d’un peuple. Le fait est qu’une part importante de l’opinion publique congolaise nourrit à l’endroit du Rwanda quelque chose qui ressemble à un vif désir de revanche, lui-même né d’un profond sentiment d’humiliation.

Celui-ci se révèle pour partie honteux, puisqu’il résulte d’une forme de frustration devant les succès enregistrés depuis trois décennies par un pays infiniment moins doté. Mais il y a aussi l’héritage des deux guerres du Congo (1996-1997, puis 1998-2003), cette certitude que le pays a été le terrain de jeux d’intérêts illégitimes, et qu’il en a payé un coût exorbitant.

Auteur: MANZI
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