L'Afrique que on veut

RWANDAIR : Yvonne Manzi Makolo ou la capitaine d’une compagnie panafricaine à la croisée des .

Yvonne Manzi Makolo, la CEO de RwandAir, revient sur les actualités brulantes de sa compagnie telles que le remodelage de la flotte, les nouvelles routes en préparation, le mariage avec Qatar Airways, les activités cargo, le rapatriement de ses recettes au Nigeria, ...Par NewsAero

Yvonne Manzi Makolo, CEO de RwandAir

En début juin, Yvonne Manzi Makolo a officiellement pris les commandes en tant que 1re femme Présidente du conseil des gouverneurs de l’IATA. Dans un entretien accordé à NewsAero, la CEO de RwandAir revient sur les points forts de sa feuille route mais aussi les actualités brulantes de sa compagnie notamment le remodelage en cours de la flotte, les nouvelles routes en préparation, le mariage prévu cette année avec Qatar Airways, les ambitions de l’activité cargo, les défis de rapatriement de ses recettes au Nigeria, son plus gros marché int’l ... Entre ambitions affirmées et pesanteurs exogènes, les défis à relever ne manquent pas pour le porte étendard rwandais et la dame qui l’incarne.

Développement durable et de sécurité.

Mais elle veut surtout faire avancer la cause de la diversité dans l’aviation. « Les compagnies aériennes doivent faire preuve d’une grande audace pour attirer plus de femmes à bord, les former, créer un environnement approprié, en particulier dans les domaines plus techniques et dans le leadership, pour qu’elles puissent véritablement gravir les échelons au sein de l’industrie ».

La patronne de RwandAir entend par ailleurs faire entendre la voix de l’Afrique sur la scène internationale. « Je voudrais vraiment voir l’aviation africaine sous un jour plus positif, en montrant ce dont nous sommes capables (...) comme vous le savez, la part du trafic mondial de l’aviation africaine est inférieure à 3 %, ce qui n’est pas acceptable. Nous souhaitons donc que cette proportion augmente ».

Pour y arriver, elle reconnait tout de même que plusieurs défis sectoriels restent à surmonter notamment ceux relatifs aux couts d’exploitation très élevés, la rareté de la main-d’œuvre qualifiée, l’insuffisance des infrastructures et la fragmentation du ciel africain. « Le fait qu’il y ait tant de potentiel en termes de croissance sur le continent, compte tenu de toutes les lacunes que nous avons, signifie vraiment que le continent africain est la prochaine frontière de l’aviation ».

Première femme à assumer le rôle de présidente du Bureau des Gouverneurs de l’IATA depuis 1945, elle rêve de voir un pays africain abrité l’assemblée générale (AGA) de l’Organisation, qui regroupe quelque 300 compagnies aériennes. « Je le souhaite bien. Je vais faire pression en ce sens, pourquoi pas le Rwanda », lâche-t-elle. Après Istanbul plus tôt ce mois, la prochaine AGA de l’IATA se tiendra à Dubaï, aux Émirats arabes unis, du 2 au 4 juin 2024, accueillie par Emirates.

Ciel unique africain... plus d’efforts à fournir

Le Marché unique du transport aérien en Afrique (MUTAA) a été officiellement lancé le 29 janvier 2018 à Addis Abeba. Yvonne Makolo est d’avis que son implémentation est encore très lente.

« Certains pays créent des goulots d’étranglement pour assurer une sorte de protectionnisme (...) si nous voulons développer l’aviation sur le continent, il est impossible que cela se produise avec toutes ces restrictions qui dictent le type d’avion à utiliser, imposent les points d’entrée, et limitent les fréquences de vols »

Au décompte de la fin 2022, 35 pays avaient souscrit à l’engagement solennel de mise en œuvre inconditionnelle du MUTAA et 21 ont signé son mémorandum d’implémentation.

Parmi ceux-ci 17 États, dont le Rwanda, se sont réunis le 14 novembre 2022, à Dakar au Sénégal, pour lancer le projet pilote de mise en œuvre (PIP) du MUTAA. « Je me réjouis que la décision ait été prise de commencer par les pays pilotes (...) il est à espérer que d’autres pays se joindront à eux lorsqu’ils en verront les résultats tangibles ».

Makolo estime que l’effectivité du MUTAA doit aller de pair avec l’ouverture des frontières. « Nous devons examiner le régime des visas sur le continent africain et la manière dont nous rendons si difficile la circulation des personnes sur le continent ».

Le carburant, les taxes, les fonds bloqués... autant d’obstacles qui ralentissent la croissance RwandAir veut aller plus vite, mais Yvonne Makolo souligne qu’il existe plusieurs autres obstacles externes qui entravent la croissance harmonieuse de sa compagnie et des transporteurs africains en général.

Elle affirme pour le regretter que le cout du carburant d’aviation et la pléthore de taxes rendent difficile l’environnement opérationnel. « Nous payons quatre fois, parfois même cinq fois ce que les compagnies aériennes d’Europe et du Moyen-Orient paient pour le carburant. Nous sommes donc déjà désavantagés. C’est une autre raison pour laquelle les prix des billets sont si élevés ».

Quand bien même, elle reconnait l’importance des carburants d’aviation durable (SAFs) pour atteindre l’objectif de zéro émission à l’horizon 2050, elle estime toutefois qu’un dilemme persiste notamment dans le contexte africain. « Nous disposons des matières premières nécessaires. Mais les gens sont-ils prêts à investir pour les produire ? Et s’ils en produisent, en produiront-ils suffisamment ? Et s’ils en produisent suffisamment, pourrons-nous nous le permettre ? Car s’il est très cher, le prix des billets augmentera et le trafic diminuera », s’interroge-t-elle.

À propos des fonds bloqués, Yvonne Makolo se désole que le plus grand défi auquel RwandAir est actuellement confrontée est la difficulté de rapatriement des recettes du Nigeria, pourtant « le plus grand marché après le Rwanda, et il est en pleine croissance ». Si elle se veut peu loquace sur le montant, elle affirme cependant que cela pèse sur la trésorerie et inhibe les ambitions d’expansion.

« C’est aussi une contrainte pour ce que nous pouvons faire sur le marché, car nous devrions idéalement effectuer des vols non seulement quotidiens, mais aussi biquotidiens. Mais nous ne sommes pas en mesure de le faire, car quand pourrons-nous sortir notre argent rapidement ? », s’exclame-t-elle. « Nous avons donc dû réduire quelque peu nos opérations, tant à Lagos qu’à Abuja. Mais nous espérons qu’une fois ce problème résolu, nous pourrons vraiment nous lancer à fond dans la conquête de ce marché, car c’est un marché solide ».

Selon l’IATA, les fonds bloqués de l’industrie ont augmenté de 47 % pour atteindre 2,27 milliards de dollars en avril 2023, contre 1,55 milliard de dollars en avril 2022. Sur ce montant, près de 1,6 milliard de dollars (70 %) sont bloqués dans les pays africains, affirme l’Organisation qui regroupe quelque 300 compagnies aériennes. Dans les détails, le Nigeria retient à lui seul 812 millions de dollars contre 743 millions de dollars en mars dernier, soit le montant le plus élevé bloqué par un seul pays africain. Le classement africain, de « mauvais élèves » est complété par l’Algérie (196 millions de dollars), la Zone FCFA (139 millions de dollars) et l’Éthiopie (126 millions de dollars), soit près d’une vingtaine de pays indexés.

Expansion du long-courrier et plus de dessertes intra-africaines

RwandAir continue d’agrandir son réseau international.
À partir du 25 juin, la compagnie inaugurera sa nouvelle route à destination de Paris. « Pour l’instant, c’est le seul itinéraire long courrier prévu cette année ». En parallèle, le transporteur prévoit de booster son offre vers l’Angleterre. « Nous envisageons également d’augmenter la fréquence de nos vols vers Londres pour en faire des vols quotidiens. Actuellement, nous effectuons quatre vols par semaine. Pour la saison d’hiver, nous envisageons des vols quotidiens vers Londres ». En Europe, RwandAir dessert aussi Bruxelles. Ses autres routes hors du continent comprennent Doha, Dubaï et Mumbai.

En Afrique, la compagnie relie actuellement une vingtaine de villes. Pour certains itinéraires, RwandAir exploite la cinquième liberté qui est un élément clé de MUTAA. « En tant que compagnie de difficultés à ouvrir de nouvelles routes. La plupart des agences de l’aviation civile et des gouvernements se sont montrés très disposés à s’ouvrir à nous... J’espère que cela se poursuivra au fur et à mesure que nous nous développerons et que nous ajouterons des fréquences et des
itinéraires supplémentaires sur le continent ». Ainsi pour la suite, la compagnie va mtre l’accent sur l’ouverture d’un plus grand nombre de liaisons africaines, notamment Maputo, Zanzibar et Mombasa.

Un segment cargo porteur

Yvonne Makolo exprime sa satisfaction quant au dynamisme du segment cargo. En fin 2022, la compagnie a acquis son premier avion dédié, un Boeing 737-800F. « Jusqu’à présent, tout se passe très bien. Nous l’exploitons trois fois par semaine à destination des Émirats arabes unis, à Sharjah. Et sur le continent africain, nous le déployons vers Nairobi, Entebbe, Brazzaville et Bangui. Nous envisageons d’ouvrir d’autres liaisons ».

Sur ce segment, RwandAir collabore étroitement avec Qatar Airways, dont la division fret a lancé, en mai dernier, son projet « Kigali Africa Hub ». Dans le cadre de cette collaboration, « Qatar Airways Cargo fait venir des 777 cargos deux fois par semaine à Kigali. Par la suite, son A310 distribue sur le continent africain. Et RwandAir est en mesure d’acheter de lcapacité sur ces cargos pour nos
clients ». Depuis 2017/18, la plateforme de Kigali traite en moyenne 2 millions de kilogrammes de fret par an.

La flotte

Plus d’avions Boeing 737s pour soutenir la croissance régionale RwandAir possède actuellement une flotte de 13 avions soit deux A330-200, un A330-300, un 737-700, quatre 737-800, deux CRJ900 et deux Dash8-400. Une flotte qui est appelée à « doubler notre flotte au cours des cinq prochaines années » affirme Makolo. « Nous sommes encore en train de finaliser la composition de la flotte ».
Mais à l’en croire, il est prévu l’ajout de 737 ou des avions à fuselage étroit. « Nous allons retirer nos CRJ900. Quant aux Q400, nous sommes encore en train de les évaluer parce que nous avons un aéroport domestique au Rwanda qui a une piste très courte. Nous cherchons encore ce qui pourrait le remplacer ».

Qatar Airways, le partenaire sûr pour l’avenir

C’est avec Qatar Airways que l’avenir de RwandAir se dessinera désormais. L’entrée du partenaire qatari dans l’actionnariat du transporteur « sera finalisée cette année », affirme Makolo. Entamées depuis bientôt 2 ans, les discussions avaient connu des retards en raisons « de la Covid-19 et de l’organisation de la Coupe du monde par le Qatar...Nous espérons, une fois de plus, pouvoir le conclure dans les prochains mois ». Qatar Airways devrait racheter 49 % des parts de RwandAir. Mais en attentant, Makolo rassure que les deux transporteurs « continuent à collaborer très étroitement. Qu’il s’agisse du partage de code étendu ou du cargo. De nombreuses initiatives commerciales sont donc en cours ».

Auteur: MANZI
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